Oran Aujourd'hui

L’éclairage public : vers la sortie de la culture du provisoire ?

L’éclairage public : vers la sortie de la culture du provisoire ?

Longtemps considéré comme un simple équipement de confort, l’éclairage public s’impose aujourd’hui comme un véritable indicateur de la qualité de la gestion urbaine. Il participe à la sécurité des citoyens, à la fluidité de la circulation, à la réduction de la consommation énergétique, mais aussi à l’image nocturne d’une ville qui aspire à devenir une métropole moderne. Oran ne fait pas exception à cette règle. Il faut reconnaître que, depuis quelques années, les autorités locales multiplient les opérations destinées à remettre de l’ordre dans l’espace urbain. Réhabilitation des chaussées, entretien des espaces verts, lutte contre les constructions illicites, restauration du patrimoine, modernisation des équipements publics : les chantiers se succèdent et témoignent d’une volonté réelle d’améliorer le cadre de vie. L’éclairage public figure naturellement parmi ces priorités. Dans plusieurs quartiers, des lampadaires vétustes ont été remplacés par des équipements LED plus économes en énergie. Certaines artères structurantes, des boulevards, des giratoires ainsi que plusieurs entrées de ville offrent désormais un visage plus accueillant dès la tombée de la nuit. Ces investissements traduisent une prise de conscience des enjeux économiques liés à la maîtrise de la consommation électrique. Cependant, dès que l’on s’éloigne des axes principaux, le constat devient beaucoup moins rassurant.

L’éclairage public demeure l’un des services communaux les plus marqués par les interruptions, les retards d’entretien et les interventions ponctuelles. Dans de nombreux quartiers et grandes cités d’habitat , des lampadaires restent éteints durant des semaines. Ici, un câble volé attend son remplacement ; là, un coffret électrique détérioré n’a jamais été réparé ; ailleurs, des candélabres endommagés après un accident de circulation demeurent inclinés ou hors service. Les exemples ne manquent pas. Dans plusieurs lotissements récents, les réseaux d’éclairage sont installés mais ne fonctionnent toujours pas faute de raccordement définitif. Dans certains quartiers anciens, des rues replongent dans l’obscurité dès qu’une panne survient, sans qu’aucun calendrier d’intervention ne soit communiqué aux habitants. Les zones industrielles, plusieurs cités périphériques, certains chemins communaux ainsi que des accès vers les plages ou les équipements publics connaissent encore des déficits chroniques d’éclairage. À ces insuffisances s’ajoutent d’autres dysfonctionnements. Combien de lampadaires restent allumés en plein jour à cause de cellules photoélectriques défectueuses ? Combien d’installations flambant neuves cessent de fonctionner quelques mois seulement après leur mise en service faute de maintenance préventive ? Combien de projets de modernisation annoncés n’ont jamais dépassé le stade des promesses ou ont été exécutés de manière incomplète ? La question dépasse largement le simple remplacement d’une ampoule. Elle renvoie à la gestion du patrimoine communal, au suivi des marchés publics, à la coordination entre concessionnaires, entreprises et collectivités locales, mais également à la lutte contre le vandalisme et les vols répétés de câbles électriques qui compromettent durablement le fonctionnement des réseaux.

Pour une ville touristique comme Oran, l’enjeu est aussi économique. Une corniche, une promenade maritime, une place publique ou un quartier historique correctement éclairés prolongent naturellement les activités commerciales et de loisirs, renforcent le sentiment de sécurité et valorisent l’image de la ville auprès des visiteurs. À l’inverse, une rue plongée dans l’obscurité décourage les déplacements, favorise les actes d’incivilité et alimente un sentiment d’abandon. L’heure n’est donc plus aux interventions d’urgence dictées par les réclamations des citoyens. L’éclairage public mérite une véritable stratégie de gestion patrimoniale fondée sur un inventaire régulièrement actualisé, une maintenance préventive, des outils numériques de télésurveillance et une programmation pluriannuelle des renouvellements. C’est à ce prix que cette mission de base cessera d’être un chantier permanent pour devenir enfin un service public fiable, durable et à la hauteur des ambitions qu’Oran nourrit pour son avenir.

— Par S.Benali

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