
Benjamin Stora : nécessité d’ouvrir un chantier global consacré au dossier de la mémoire
Nécessité d’ouvrir un chantier global consacré au dossier de la mémoire
Dans une déclaration en marge de sa participation à la 29e édition du Salon international du livre d’Alger (SILA), lors d’une conférence dédiée au centenaire de l’Etoile nord-africaine (ENA), M. Stora a indiqué que «les Français ignorent les faits qui se sont réellement produits durant la période coloniale et ne connaissent pas assez l’histoire du mouvement national algérien», en allusion aux propos offensants tenus par certains milieux français, allant jusqu’à remettre en question la profondeur civilisationnelle de la nation algérienne.
L’historien estime nécessaire de mener un vaste travail pédagogique et de sensibilisation auprès de l’opinion publique française, pour prendre connaissance de la réalité du système colonial.
Il a évoqué, dans ce contexte, son ouvrage intitulé: «Un historien et des images, l’Algérie en guerre (1954-1962)», paru en Algérie à l’occasion du 72e anniversaire du déclenchement de la glorieuse Révolution du 1er Novembre 1954, et qui représente, selon lui, «un évènement phare après cinquante années consacrées au travail sur l’histoire de la Révolution algérienne», rappelant que l’ensemble de ses travaux a porté sur cette thématique.
L’ouvrage met en lumière «la puissance des images et des représentations dans la construction du récit relatif à la glorieuse Révolution de libération nationale, ainsi que le silence et l’occultation des actes de violence coloniale commis à l’encontre des Algériens», a souligné M. Stora.
S’agissant de son évaluation de l’état de mise en œuvre des recommandations du rapport sur le dossier de la mémoire, dont il avait été chargé d’élaborer en 2021 par le président français, Emmanuel Macron, l’intervenant a indiqué que le bilan était «mitigé», dans la mesure où «plusieurs propositions ont été concrétisées, dont la reconnaissance de l’assassinat de figures de la Révolution algérienne».
Pour M. Stora, le travail sur la mémoire «a connu un ralentissement ces derniers temps, après les mesures prises par le président français au début de son mandat, notamment la restitution des crânes des résistants algériens et la reconnaissance de l’assassinat de personnalités algériennes».
A cet égard, l’historien n’a pas exclu «l’existence de pressions politiques exercées par l’extrême droite, opposée à la reconnaissance du passé colonial».



