La ville, entre recherche de l’ordre urbain et résistances au changement
La ville, entre recherche de l’ordre urbain et résistances au changement
À Oran, les signaux d’un retour progressif à l’ordre urbain se multiplient. Les réunions de coordination se succèdent, les sorties de terrain s’intensifient, les opérations de contrôle sont renforcées et les instructions données aux responsables locaux traduisent une volonté manifeste de remettre de l’ordre dans une ville qui aspire à retrouver tout son éclat. Depuis plusieurs mois, les autorités locales multiplient les initiatives pour améliorer le cadre de vie, lutter contre les dépassements et réhabiliter l’image de la capitale de l’Ouest. Cette dynamique est perceptible et mérite d’être saluée.
Les exemples ne manquent pas. Les campagnes de nettoyage ont repris dans plusieurs communes. Les services de la wilaya exigent un meilleur entretien des espaces publics. Les opérations de contrôle des marchés de gros et des commerces se sont intensifiées afin de protéger le consommateur, d’assurer la disponibilité des produits et de faire respecter les règles d’hygiène. Les interventions de la police et des services de contrôle ont permis, ces dernières semaines encore, la saisie de denrées impropres à la consommation, confirmant une vigilance accrue face aux pratiques frauduleuses Dans le même esprit, les autorités poursuivent la lutte contre les constructions illicites, les occupations anarchiques des trottoirs, les dépôts sauvages d’ordures et toutes ces atteintes au paysage urbain qui, pendant des années, ont fini par être considérées comme une fatalité.
Mais l’expérience montre qu’aucune décision administrative, aussi ferme soit-elle, ne peut réussir sans l’adhésion du citoyen. C’est là que réside aujourd’hui le véritable défi. Car les résistances au changement demeurent nombreuses. Combien de trottoirs, fraîchement libérés, sont de nouveau occupés quelques temps plus tard ? Combien de bacs à ordures correctement installés continuent d’être ignorés au profit de dépôts sauvages ? Combien de commerçants persistent à envahir l’espace public avec leurs marchandises, obligeant les piétons à marcher sur la chaussée ?
À cela s’ajoutent des comportements qui paraissent anodins mais qui, mis bout à bout, dégradent profondément la ville : stationnements anarchiques, affichages sauvages, dégradations du mobilier urbain, gaspillage de l’eau, non-respect des règles élémentaires de propreté ou encore incivisme routier. Les contraintes sont également structurelles. Certains quartiers souffrent encore d’un déficit d’entretien. Les espaces verts restent insuffisants ou mal préservés. Plusieurs marchés populaires continuent d’évoluer dans des conditions d’hygiène discutables. Les réseaux d’assainissement vieillissants nécessitent des investissements continus, tandis que les retards de certains projets entretiennent le sentiment d’une modernisation inachevée.
Pourtant, Oran possède aujourd’hui des atouts considérables. La ville attire des investissements, accueille de grandes manifestations économiques et culturelles et bénéficie de projets structurants. Les pouvoirs publics affichent une volonté de transparence dans la conduite des projets et insistent sur le respect des délais afin de rompre avec l’héritage des chantiers interminables. Le véritable changement passera désormais par une responsabilité partagée. Les institutions doivent poursuivre leurs efforts avec constance, renforcer le contrôle mais aussi améliorer la qualité des services publics. De leur côté, les citoyens, les commerçants, les associations et l’ensemble des acteurs locaux doivent comprendre que la modernité ne se résume pas à construire de nouvelles infrastructures ; elle commence d’abord par le respect des règles communes.
Une ville ne devient pas moderne uniquement grâce au béton ou aux budgets qu’on lui consacre. Elle le devient lorsque chacun refuse le désordre, protège l’espace collectif et fait de la discipline un réflexe quotidien. C’est à ce prix qu’Oran pourra pleinement retrouver le rang auquel son histoire, son rayonnement et les aspirations de ses habitants la destinent.