
Déchets : l’Algérie mise sur l’économie circulaire pour créer de nouvelles opportunités d’investissements
L’Algérie mise sur l’économie circulaire pour créer de nouvelles opportunités d’investissements
Loin d’être considérés comme de simples résidus à éliminer, les déchets sont désormais au coeur d’une nouvelle vision économique en Algérie. L’objectif est de faire de leur collecte, leur tri et leur transformation de véritables activités génératrices de richesse, tout en contribuant à la préservation de l’environnement.
Cette orientation a été mise en avant hier par Hayet Achour, directrice de l’Institut national des formations environnementales (INFE), relevant du ministère de l’Environnement et de la Qualité de la vie, lors de son intervention sur les ondes de la Radio algérienne.
L’hôte de la radio a rappelé que l’Algérie produit annuellement plus de 15 millions de tonnes de déchets, soulignant les importantes possibilités économiques que recèle ce secteur. Selon elle, leur valorisation constitue un levier de diversification de l’économie nationale, mais également un moyen de favoriser l’émergence de nouvelles entreprises et la création d’emplois, notamment au profit des jeunes.
Les premiers indicateurs témoignent déjà de cette dynamique. Plus de 6 400 petites entreprises ont obtenu des autorisations pour exercer dans différentes activités liées à la récupération et à la valorisation des déchets ménagers. Les ambitions affichées visent à atteindre, à moyen terme, un taux de recyclage de 30 %, sachant que les déchets organiques représentent 54 % du volume concerné.
Pour soutenir cette dynamique, le ministère de l’Environnement et de la Qualité de la vie oeuvre à l’amélioration du cadre réglementaire encadrant le secteur. La loi n° 25-02, modifiant et complétant la loi n° 01-19 relative à la gestion, au contrôle et à l’élimination des déchets, consacre une nouvelle approche fondée sur leur valorisation et leur réintégration dans les circuits économiques, notamment en tant que matières premières secondaires destinées aux activités industrielles et commerciales.
Cette évolution juridique vise à dépasser progressivement le modèle traditionnel de l’enfouissement pour encourager le développement de véritables filières économiques autour du recyclage.
Dans cette perspective, l’entrepreneuriat environnemental constitue l’un des principaux axes de la stratégie nationale. Les jeunes sont ainsi encouragés à investir dans la collecte, le tri, le transport et la transformation des déchets récupérables, avec l’appui de dispositifs de formation, d’accompagnement technique, de financement et d’avantages fiscaux.
Parmi les mesures destinées à encourager la création d’entreprises dans ce domaine, Hayet Achour a cité les dispositions du décret exécutif n° 24-61, qui prévoit des exonérations fiscales pouvant atteindre six années pour certaines activités, notamment la collecte et le transport des déchets récupérables.
Les démarches d’obtention des autorisations d’activité ont également été facilitées auprès des directions de l’environnement. De son côté, l’Institut national des formations environnementales assure la formation et l’accompagnement des porteurs de projets. Ces derniers peuvent ainsi acquérir les connaissances nécessaires sur les différentes catégories de déchets, les techniques de collecte, de tri et de valorisation, avec la possibilité de développer progressivement leurs activités vers le recyclage et la transformation, dans le respect des normes environnementales.
La numérisation constitue également un levier important de cette démarche. Dans ce cadre, le ministère a lancé, en coordination avec les secteurs et organismes concernés, une plateforme nationale dédiée à l’entrepreneuriat environnemental. Cet outil vise à simplifier les procédures administratives et à faciliter l’accès des jeunes aux informations relatives à la création d’entreprises, aux avantages disponibles, aux possibilités de formation et aux mécanismes de financement.
À ce titre, plus de 197 autorisations de collecte et de transport des déchets ont déjà été enregistrées et délivrées au profit de jeunes porteurs de projets à travers cette plateforme, a révélé la responsable, y voyant un premier signe concret de l’intérêt suscité par cette nouvelle filière.
En matière de financement, le ministère renforce sa coordination avec les différents dispositifs d’appui à l’entrepreneuriat, notamment l’Agence nationale d’appui et de développement de l’entrepreneuriat (NESDA), l’Agence nationale de gestion du microcrédit (ANGEM), ainsi que le dispositif du statut d’auto-entrepreneur.
Un programme visant à accompagner et financer 1 000 jeunes est également prévu, à travers la mise à disposition de tricycles destinés à la collecte des déchets.
Parallèlement, des projets de petites entreprises spécialisées dans le recyclage des déchets plastiques sont encouragés, avec pour objectif de transformer cette matière en produits réutilisables dans les activités industrielles et la fabrication de différents articles.
Au-delà des dispositifs réglementaires et financiers, la réussite de cette stratégie repose également sur l’implication des citoyens. Hayet Achour a ainsi insisté sur la nécessité d’ancrer la culture du tri sélectif à la source, considérée comme une étape indispensable pour améliorer la collecte, faciliter le traitement et garantir une meilleure qualité des matières destinées au recyclage. Elle a appelé les familles, les citoyens et les institutions à adopter progressivement cette pratique dans les foyers, les quartiers et les lieux de travail. Dans le même sens, le ministère, en coordination avec le secteur de l’Éducation nationale, mène des actions de sensibilisation auprès des enfants à travers les établissements scolaires. Ces initiatives reposent notamment sur la mise à disposition de bacs dédiés au papier, au plastique et aux déchets organiques, ainsi que sur des activités pédagogiques liées au recyclage et à la production de compost utilisé dans les jardins scolaires.
Noreddine Oumessaoud



