mardi , 29 novembre 2022

La francophonie, un cheval de Troie

Lors du dernier Sommet de la francophonie, tenu en Tunisie, la France a touché de la main les conséquences de sa politique en Afrique. En effet, au moment où les anciennes colonies espéraient construire des rapports positifs avec l’ancienne puissance occupante, cette dernière leur a proposé un concept fourre-tout où les Africains étaient censés tirer profit de la langue française qu’ils ont en partage avec la France. Ils étaient loin de douter des desseins peu glorieux que Paris fomentait à travers ce vaste espace culturel commun. Et pour cause, pour l’ancien colonisateur, l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) n’était rien d’autre qu’un cheval de Troie, dont la fonction était et est toujours la perpétuation de la colonisation sous de nouvelles formes. Les intellectuels africains ont utilisé la langue de Molière pour qualifier la démarche française. C’est la néo-colonisation.

Cette pratique qui consiste à piller les richesses des pays anciennement colonisés par ce qui fut durant deux siècles un empire, a usé de la francophonie pour isoler de nombreux pays africains et les soustraire à toute dynamique de développement humain. De fait, les pays de ce que l’Occident appelle la zone d’influence française en Afrique ont vécu sous la domination de Paris et l’on constate cela à travers le maintien d’une monnaie qui n’est autre que le Franc des colonies française d’Afrique (CFA). Il était possible de faire évoluer ce système financier pour au final accorder leur indépendance réelle à des pays africains qui ont cru en la « bonne foi » d’un ancien colonisateur qui s’est simplement transformé en néo-colonisateur. Mais ce n’était pas dans les tablettes de la démarche « francophonique » de la France.

Il faut dire que cette manière de tenir en laisse des pays entiers n’est pas la seule « trouvaille » de Paris pour maintenir sa domination sur une partie de l’Afrique. Il y a aussi l’intrigue politique, les coups d’Etat à répétition, des contrats juteux accordés à des pontes de la finance et un tas d’autres pratiques, dont la résultat aura été que les pays les moins développés de la planète sont précisément les pays jadis colonisés par la France.

Aujourd’hui, grâce à la montée en puissance de la Chine et de la Russie, les dirigeants de ces pays se rendent compte de la stratégie française du «Cheval de Troie». Au Mali, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, en République démocratique du Congo, les élites commencent à prendre publiquement leur distance par rapport à la France. Celle-ci ne réagit pas comme elle devrait le faire en pareilles circonstances. Au lieu de jouer franc jeu et construire de nouvelles relations avec ces pays, Paris continue de brandir la francophonie et jouer à l’intrigue…

Par Nabil.G