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Maroc : des laboratoires secrets alimentent l’économie parallèle de la drogue sous la protection du Makhzen

Le Maroc voit se développer une nouvelle économie clandestine de la drogue, fondée non seulement sur le cannabis, mais aussi sur la fabrication des types les plus dangereuses des psychotropes et de substances hallucinogènes dans des laboratoires secrets, avec la complaisance et le laisser-faire du Makhzen.

Cette évolution renforce le rôle du Royaume comme plateforme de production, de transformation et d’acheminement de la drogue vers les pays voisins.

Les données disponibles montrent d’abord que cette extension ne se limite plus au trafic. Le réseau international spécialisé dans la criminalité organisée transnationale, Global Initiative Against Transnational Organized Crime (GI-TOC), avait fait état dès 2016 d’un laboratoire de transformation de cocaïne à Oujda, exploité par des chimistes, où 250 kilogrammes de cocaïne raffinée avaient été traités au cours de cette même année. La GI-TOC souligne, par ailleurs, le rôle croissant du Makhzen dans les marchés régionaux de la cocaïne.

Cette évolution s’est accompagnée de l’apparition de produits fabriqués localement, dont la «boufa», appelée «cocaïne des pauvres». Préparée à partir de résidus de cocaïne, de produits chimiques et d’autres substances psychoactives, elle est apparue au Maroc en 2020 avant de connaître une expansion notable.

A cette substance s’ajoute désormais une production croissante de psychotropes. Janvier dernier, les autorités marocaines ont fait état de plus de quatre millions de comprimés psychotropes saisis dans une courte période. Ces chiffres illustrent l’ampleur prise par le phénomène.

Dans le même temps, les enquêtes européennes ont mis en évidence les ramifications transfrontalières de cette économie criminelle. En janvier 2022, la police espagnole avait annoncé le démantèlement d’un réseau international impliqué dans le trafic de médicaments destinés à la fabrication du «karkoubi» au Maroc. L’opération avait permis la saisie de 200.000 comprimés psychotropes en Espagne, pour un total dépassant 500.000 comprimés suite à une extension de l’opération.

Selon la RTVE (radio télévision espagnol), le «karkoubi» est fabriqué au Maroc à partir de médicaments provenant notamment d’Espagne, dont certains destinés au traitement de l’épilepsie, avant d’être transformés en drogue. Le procédé révèle ainsi une chaîne criminelle qui détourne des produits pharmaceutiques légalement commercialisés pour alimenter une activité criminelle.

Cette filière a également été documentée par le journal espagnol «El Pais» dans une enquête publiée en 2024 sur le Rivotril, médicament utilisé notamment contre l’épilepsie et les crises d’angoisse. Le quotidien indiquait que l’Espagne commercialise près de quatre millions de boîtes par an et qu’une bonne partie de ces quantités aboutit dans des circuits illégaux avant d’être utilisée dans la fabrication du «karkoubi» au Maroc. Des estimations de la police espagnole citées par le journal faisaient état de bénéfices dépassant 100 millions d’euros par an pour des groupes criminels marocains organisés.

La pression exercée par les services européens n’a toutefois pas interrompu ces activités. En juin 2025, la police espagnole a démantelé un réseau opérant entre le Maroc et l’Espagne et saisi unje importante quantité de l’un des types de psychotropes les plus dangereux, à savoir le clonazépam ainsi que 22 kilogrammes de cannabis.

Cette expansion s’accompagne d’une dispersion géographique des activités criminelles. Celles-ci ont été associées à Casablanca, Rabat, Fès, Tanger, Settat, El Jadida et Khouribga, mais aussi à Deroua, El Hraouiyine, Mediouna, Rahma et Bouskoura. Il ne s’agit pas nécessairement, dans tous ces cas, de laboratoires de fabrication : certaines localités sont liées à la préparation, au stockage ou à la distribution, ce qui témoigne néanmoins de l’extension des réseaux.

A cette infrastructure criminelle s’ajoute le blanchiment des revenus issus du trafic. L’argent provenant de la production, du transport et de la distribution est réinjecté dans l’achat d’équipements et de matières premières, le financement du stockage et du transport ainsi que l’élargissement des circuits de distribution, permettant aux réseaux de se reconstituer après chaque opération policière à l’étranger.

Ces éléments mettent directement en cause la responsabilité du Makhzen dans le maintien d’un environnement où les réseaux criminels peuvent se réorganiser et diversifier leurs activités, alors que l’activité est protégée pour y faire d’outils de guerre, de chantage et de pression. La multiplication des substances, le développement de la fabrication, l’extension géographique des réseaux et leurs ramifications internationales ne correspondent plus à un simple phénomène de trafic, mais à une économie criminelle structurée et adaptable.

Ainsi, le Maroc n’apparaît plus seulement comme un territoire de production et de transit du cannabis. Il devient également un espace où se développent la transformation de la cocaïne, la fabrication de psychotropes et la production de substances telles que la «boufa» et le «karkoubi».

Derrière cette diversification se consolide une économie parallèle nourrie par les revenus de la criminalité, tandis que les pays voisins en subissent les conséquences.

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