Oran Aujourd'hui

La lutte contre le fléau du narcotrafic est aussi un véritable enjeu de souveraineté nationale

La lutte contre le fléau du narcotrafic est aussi un véritable enjeu de souveraineté nationale

Pendant longtemps, la région oranaise a été confrontée aux réseaux de contrebande et au trafic de cannabis en provenance du Maroc. Les récentes affaires traitées par les services de sécurité révèlent une évolution particulièrement préoccupante : la cocaïne, longtemps considérée comme une drogue réservée à des circuits très limités, semble désormais faire l’objet de tentatives d’implantation sur notre territoire. La saisie spectaculaire de 228 kilogrammes de cocaïne par les éléments de la 20e Sûreté urbaine d’Oran, suivie de l’arrestation de vingt personnes et de la saisie de quarante-six véhicules, illustre l’ampleur des moyens déployés par ces réseaux criminels et la détermination des services de sécurité à les démanteler.
Au-delà de la quantité exceptionnelle de drogue interceptée, cette affaire met surtout en évidence la mutation profonde du crime organisé dans notre région. Les trafiquants ne se contentent plus d’acheminer des marchandises illicites ; ils développent désormais de véritables organisations transnationales, structurées, capables de mobiliser d’importants moyens financiers, logistiques et humains. Ces groupes criminels fonctionnent comme de véritables entreprises clandestines, s’appuyant sur des relais locaux, des filières de blanchiment d’argent et des complicités qu’ils cherchent à tisser dans différents secteurs. La position géographique stratégique de l’Oranie, proche des frontières marocaines et ouverte sur d’importants axes routiers, représente un enjeu majeur pour ces organisations mafieuses.
Les bouleversements géopolitiques de la région, les itinéraires internationaux du trafic de stupéfiants et les profits colossaux générés par la cocaïne poussent ces réseaux à rechercher de nouveaux corridors de transit. L’Algérie n’est pas seulement visée comme pays de passage ; elle constitue également un marché que les trafiquants tentent progressivement de conquérir, avec toutes les conséquences sanitaires, sociales et sécuritaires que cela implique. Face à cette menace, la réponse des autorités algériennes s’est considérablement renforcée. Les opérations menées par les services de police, la Gendarmerie nationale, les Douanes et les différents corps de sécurité témoignent d’une vigilance permanente. Les importantes saisies réalisées ces derniers mois, les enquêtes approfondies, les arrestations et les lourdes poursuites judiciaires traduisent une volonté claire : empêcher l’enracinement de ces réseaux avant qu’ils ne parviennent à s’infiltrer durablement dans le tissu économique et social. Mais le défi dépasse largement la seule dimension sécuritaire. L’expérience internationale montre que les cartels de la drogue ne cherchent pas uniquement à écouler leur marchandise.
Ils investissent aussi progressivement dans des activités économiques parallèles, recyclent leurs capitaux illicites, corrompent lorsque l’occasion se présente et tentent d’exercer une influence sur leur environnement. Leur capacité de nuisance réside précisément dans leur aptitude à fragiliser les institutions, à alimenter la délinquance, à recruter des jeunes en situation de vulnérabilité et à créer des foyers de tension sociale susceptibles de déstabiliser durablement les territoires où ils s’implantent.
La lutte contre ce fléau constitue donc un véritable enjeu de souveraineté nationale. Elle nécessite une mobilisation permanente des institutions de l’État, une coopération internationale renforcée, mais également une vigilance collective. Les familles, l’école, les médias, les associations et l’ensemble des acteurs de la société ont leur part de responsabilité dans la prévention de ce danger qui ne menace pas seulement la santé publique, mais aussi la cohésion nationale. Les succès enregistrés récemment par les services de sécurité démontrent que l’État dispose des moyens opérationnels et judiciaires pour porter des coups sévères aux organisations criminelles.
Cependant, dans une lutte où les réseaux se recomposent sans cesse et disposent de ressources financières considérables, la victoire dépendra autant de la fermeté des institutions que de la capacité de la société à refuser toute banalisation de ce poison moderne. Car derrière chaque cargaison de cocaïne interceptée se joue bien davantage qu’une affaire de police : c’est la protection de la stabilité, de la jeunesse et de l’avenir de toute une région qui est en jeu.
À cette stratégie sécuritaire s’ajoute également le renforcement de l’arsenal pénitentiaire et répressif. Le projet de création d’établissements pénitentiaires de haute sécurité dans le sud traduit la volonté des pouvoirs publics d’isoler durablement les auteurs des crimes les plus graves. Au-delà de la sanction pénale, ces structures visent à priver les chefs de réseaux de toute capacité de communication, d’influence ou de reconstitution de leurs organisations criminelles depuis leur lieu de détention. Leur caractère particulièrement dissuasif devrait contribuer à renforcer le message de fermeté adressé aux organisations mafieuses qui seraient tentées de faire de l’Algérie une base de transit ou d’implantation de leurs activités illicites.
— Par S.Benali

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