Patrimoine communal d’Oran : dans l’attente du grand inventaire
À chaque renouvellement de l’Assemblée populaire communale, les nouveaux élus héritent d’un patrimoine public important. Pourtant, les cérémonies d’installation, les discours de circonstance et les annonces de nouveaux projets se succèdent sans qu’une question essentielle ne soit réellement abordée: dans quel état se trouve le patrimoine de la commune d’Oran ? Il est étonnant qu’aucun mandat municipal n’ait jamais débuté par la présentation publique d’un audit exhaustif des biens de la collectivité. Une telle démarche devrait pourtant constituer le premier acte de toute nouvelle gouvernance locale. Car avant d’envisager de construire davantage, encore faut-il savoir ce que possède déjà la commune, ce qui fonctionne, ce qui rapporte, ce qui se dégrade et ce qui a disparu des radars administratifs.
La commune d’Oran est propriétaire, ou a été propriétaire au fil des décennies, d’un patrimoine immobilier et foncier considérable : anciennes salles de cinéma, hôtels, marchés, parkings, locaux commerciaux, immeubles, terrains, équipements sportifs, centres culturels, jardins, bâtiments historiques et autres infrastructures. Mais combien de ces biens sont aujourd’hui effectivement recensés ? Combien sont exploités conformément à leur vocation ? Combien produisent des recettes pour le budget communal ? Combien demeurent fermés depuis des années? Le dossier des anciennes salles de cinéma illustre à lui seul cette lente érosion du patrimoine communal. Des salles qui animaient autrefois la vie culturelle oranaise ont, au fil des décennies, changé de gestionnaires et d’affectation, fermé leurs portes ou sombré dans l’abandon. Certaines bâtisses ont été réhabilitées, d’autres attendent toujours une seconde vie.
Mais existe-t-il aujourd’hui une stratégie globale de sauvegarde et de valorisation de ce patrimoine ? Rien ne permet de l’affirmer. Le même constat peut être dressé pour deux anciens hôtels relevant du patrimoine public local. Certains bâtiments prestigieux du centre-ville continuent de se dégrader alors qu’ils pourraient contribuer au développement touristique et économique d’Oran.
D’autres ont connu des changements de statut ou de gestion dont les résultats n’ont pas véritablement été évalués publiquement. Les parkings communaux constituent eux aussi un dossier sensible. Plusieurs ont fait l’objet de différents modes de gestion au fil des années, tandis que le stationnement demeure l’un des principaux problèmes du centre-ville. La situation d’une bonne dizaine de locaux commerciaux appartenant à la commune mérite également un examen approfondi.
Beaucoup sont restés fermés durant de longues périodes. À cela s’ajoutent les anciens marchés, des bâtiments administratifs, certaines villas communales, des équipements culturels de proximité, des maisons de jeunes, des bibliothèques, des infrastructures sportives et même certains terrains dont la vocation initiale semble parfois s’être diluée au fil des années. Cette accumulation de situations pose une question fondamentale: la commune dispose-t-elle aujourd’hui d’un inventaire numérique, régulièrement actualisé, de l’ensemble de son patrimoine, de son état physique, de son statut juridique, de son mode d’exploitation et des recettes qu’il génère ? Dans une ville qui aspire au statut de grande métropole méditerranéenne, une telle base de données devrait constituer un outil élémentaire de gestion.
Un audit indépendant, détaillé et rendu public permettrait pourtant de dresser un état des lieux objectif : valeur réelle des biens, état de conservation, taux d’occupation, concessions en cours, contentieux éventuels, recettes générées, besoins de rénovation, perspectives de valorisation et biens menacés de dégradation. Ce document deviendrait un véritable tableau de bord pour les élus comme pour les citoyens.
Une telle transparence ne viserait nullement à désigner des responsables, mais à instaurer une culture de la reddition des comptes et de la continuité de l’action publique. Les collectivités modernes ne se jugent pas seulement à leur capacité d’inaugurer de nouveaux équipements. Elles se distinguent aussi par leur aptitude à préserver, entretenir et valoriser intelligemment le patrimoine dont elles ont la charge.Car un patrimoine public laissé à l’abandon ne constitue pas seulement une perte financière. Il est aussi le symbole d’une mémoire urbaine qui s’efface, d’opportunités économiques qui disparaissent et d’une gouvernance qui renonce progressivement à exercer l’une de ses missions les plus fondamentales.
Par S.Benali