Rénovation et de réhabilitation des sites urbains de la ville
Contrairement à certaines réflexions distillées de temps à autres sur les réseaux sociaux et qui vont à contre-sens de l’histoire urbaine de la ville et de ses ambitions, Sidi El Houari, le quartier emblématique de la Cité millénaire, mérite aujourd’hui plus que jamais d’être réhabilité, restauré, préservé, restructuré, et embelli.
Sidi El Houari, qui abrite le mausolée du saint patron de la ville, est visité par des centaines de milliers d’Algériens venus parfois de wilayas lointaines. Loin d’être un endroit «inutile devant être démoli et oublié», comme le suggèrent et l’espèrent certains acteurs-prédateurs convoitant toujours le patrimoine foncier et immobilier, le quartier historique de Sidi El Houari reste toujours au contraire au cœur des préoccupations des habitants, des élites oranaises et des autorités locales qui depuis quelques temps multiplient les efforts pour faire aboutir et concrétiser le fameux plan de sauvegarde du quartier devant répondre à la nécessité de conjuguer l’impératif de réhabilitation avec la dure réalité d’un terrain malmené des décennies durant par les tâtonnements, les renoncements et les déficits cumulés.
Les démolitions d’immeubles en ruine menaçant de s’effondrer, les opérations de restauration de quelques immeubles lancées dans le cadre de la réhabilitation du quartier et plus récemment la réouverture de la Grande Mairie d’Oran après 15 ans de fermeture, constituent des avancées notables pour la mise en oeuvre d’une nouvelle dynamique urbaine de la ville.
On sait malheureusement que cette stratégie de réhabilitation soulève encore autant d’espoirs que de questionnements sur sa cohérence, son impact social et sa durabilité. Sur le volet «patrimonial et symbolique», la restauration de la Grande Mairie est certes un acte fort. Car après des années d’abandon, cet édifice emblématique retrouve enfin une nouvelle vie et redonne une certaine dignité au centre-ville.
Un projet à applaudir, malgré les retards, tant son achèvement tout récent témoigne d’une volonté politique de valoriser l’héritage architectural et de renforcer l’attractivité touristique d’Oran. Un projet qui servira peut être d’émulateur à bien d’autres opérations attendues en matière de réhabilitation de monuments et de sites urbains historiques. Même si la «réhabilitation» semble parfois focalisée sur des bâtiments symboliques ou très visibles, au détriment de la réhabilitation et restructuration globale de tout un tissu urbain dense. Comme à Sidi El Houari, où certains immeubles vétustes abandonnés et non démolis posent toujours un problème de sécurité et de salubrité, tandis que des façades plus emblématiques bénéficient de restaurations ponctuelles.
Par ailleurs, la réhabilitation urbaine serait plus légitime si les vrais résidents du quartier, ou ce qu’il en reste, étaient davantage impliqués dans les décisions qui affectent leur cadre de vie. Très souvent,des projets sont ordonnés par l’autorité locale sans une consultation approfondie, ce qui peut générer des incompréhensions, et des sentiments d’exclusion. Un peu à l’image de ces anciens travaux d’aménagement de grandes places publiques dont la Place d’Armes et la place de la Grande Poste où les anciens kiosques à tabacs et journaux ont été rasés. Réhabiliter un espace est une étape importante, mais assurer la pérennité de l’entretien l’est tout autant.
Sans un plan clair de gestion et de maintenance à long terme, les bâtiments restaurés pourraient retomber dans l’état de dégradation qu’on a voulu corriger. La stratégie de réhabilitation d’Oran montre une ambition louable de revitalisation urbaine et de valorisation patrimoniale.
Cependant, pour être réellement efficace et juste, elle doit associer davantage les habitants, prévoir une maintenance durable des espaces restaurés, et intégrer une perspective sociale et économique pour tous les habitants impactés. Pour qu’une stratégie de «rénovation et de réhabilitation» profite vraiment à toute la ville, elle doit s’appuyer sur une vision inclusive et structurée, au-delà des seuls projets « visibles »…
Par S.Benali