
32 ans après son assassinat : Alloula continue d’inspirer la scène algérienne
Une soirée culturelle consacrée à la mémoire du dramaturge algérien Abdelkader Alloula a été organisée avant-hier à Oran par le Musée public national Ahmed Zabana. Placée sous l’égide de la ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, cette rencontre a marqué le 32? anniversaire de la disparition de l’une des figures majeures de la scène théâtrale nationale.
L’événement a réuni plusieurs membres de la famille de l’artiste ainsi qu’un parterre d’intellectuels, d’artistes et d’universitaires venus saluer l’héritage d’un créateur qui a profondément marqué l’histoire culturelle du pays. La manifestation s’est ouverte par la projection d’un documentaire retraçant les différentes étapes de la carrière du dramaturge, depuis ses débuts jusqu’à son statut de référence incontournable du théâtre algérien.
Les images d’archives et les témoignages diffusés ont permis au public de revisiter le parcours d’un homme dont la créativité et l’engagement artistique ont façonné une génération entière de comédiens et de metteurs en scène. La soirée s’est poursuivie par une table ronde consacrée à l’œuvre et à la pensée artistique de l’auteur. Plusieurs universitaires et spécialistes du théâtre y ont pris part, parmi lesquels le professeur Lakhdar Mansouri, l’enseignant Bouziane Ben Achour, l’universitaire Azri Ghaouti ainsi que la docteure Rahab Alloula. Les intervenants ont analysé la portée de son œuvre et souligné la singularité de son écriture dramatique, qui a su conjuguer tradition et modernité tout en s’adressant directement aux réalités sociales de la société algérienne. Au cours des échanges, les participants ont insisté sur l’importance de préserver et de transmettre l’héritage artistique laissé par le dramaturge. Selon eux, son théâtre demeure un témoignage vivant sur l’évolution de la société algérienne et une source d’inspiration pour les nouvelles générations d’artistes. Ils ont également rappelé le rôle pionnier qu’il a joué dans la modernisation de la scène théâtrale nationale, notamment en réinventant certaines formes narratives issues du patrimoine populaire. La rencontre s’est achevée par la présentation d’un ouvrage dédié à la mémoire de l’artiste, offert aux participants, ainsi que par la remise de certificats de reconnaissance aux intervenants. L’atmosphère empreinte de respect et de recueillement a témoigné de l’attachement durable que continue de susciter la figure de ce créateur disparu. Né à Oran en 1930, Abdelkader Alloula s’est imposé comme l’un des artisans majeurs du renouveau du théâtre en Algérie. C’est dans sa ville natale qu’il a élaboré une vision artistique originale, nourrie des traditions populaires telles que la Halqa et l’art du conteur public. En s’appuyant sur ces formes héritées de la culture orale, il a construit un langage scénique singulier qui reliait l’héritage culturel algérien aux exigences du théâtre contemporain. Son œuvre se distingue par une approche profondément sociale, où la scène devient un espace de questionnement et de critique des réalités quotidiennes. À travers un style mêlant humour, satire et réflexion, il a su aborder les préoccupations de l’homme algérien et mettre en lumière les tensions et contradictions de la société. Parmi ses pièces les plus connues figurent notamment « El-Ajouad », « El-Laab» et «La Princesse endormie», devenues des références incontournables du répertoire théâtral national. Le dramaturge a été assassiné en 1994, à une période marquée par une vague de violence qui a frappé de nombreuses figures de la culture algérienne. Sa disparition brutale a transformé son nom en symbole du créateur engagé, fidèle à la parole artistique et à la scène, qu’il considérait comme un espace de dialogue avec la société. Plus de trois décennies après sa disparition, la figure d’Abdelkader Alloula continue ainsi d’occuper une place centrale dans la mémoire culturelle du pays. À Oran, sa ville natale, son héritage demeure indissociable de l’histoire du théâtre algérien et continue d’inspirer artistes, chercheurs et passionnés de culture.
Nassim.H



