Mobilité urbaine : l’interminable attente du projet de gare multimodale
Le projet de gare multimodale, inscrit depuis longtemps dans les plans de modernisation de la ville d’Oran, est revenu la semaine dernière au-devant de l’actualité locale à la faveur de l’annonce de la reprise et de l’actualisation de son étude en vue d’une inscription officielle.
Intervenant lors de la récente session de l’Assemblée populaire de wilaya, le wali d’Oran a en effet annoncé la prochaine relance du projet d’extension du tramway vers les lignes de Belgaïd et de l’aéroport international Ahmed Ben Bella, ainsi que la remise sur la table de ce projet structurant de gare multimodale, mis en veilleuse depuis plus d’une décennie malgré son importance stratégique pour la mobilité urbaine et régionale.
Alors qu’Alger dispose depuis plusieurs années de sa gare multimodale de Bir Mourad Raïs, Oran aurait dû, elle aussi, bénéficier depuis longtemps d’une telle infrastructure indispensable à l’organisation moderne des transports et à l’amélioration des déplacements des citoyens. L’annonce de la relance du projet de gare multimodale d’Oran suscite naturellement un certain espoir.
Mais elle rappelle surtout l’interminable liste des grands projets annoncés, étudiés, réétudiés puis oubliés dans les tiroirs de l’administration locale. Car derrière les vieux discours officiels sur la modernisation des transports se cachent une réalité beaucoup moins reluisante : celle d’un projet stratégique abandonné pendant plus de dix ans alors même que les besoins en mobilité n’ont cessé de croître.
Pensée comme un véritable pôle d’échanges entre l’éventuel futur métro, le tramway, les transports urbains et suburbains, les taxis, les lignes interwilayas et le réseau ferroviaire, la gare multimodale devait constituer l’une des pièces maîtresses du développement urbain d’Oran. Son objectif était de mettre fin à la dispersion anarchique des terminaux de transport, à la saturation chronique de plusieurs axes routiers et aux difficultés quotidiennes rencontrées par des milliers d’usagers.
Durant toutes ces années pourtant, le dossier est resté figé. Les études se sont succédé sans jamais déboucher sur une réalisation concrète. Entre changements de priorités, contraintes budgétaires, lenteurs administratives et absence de vision cohérente à long terme, le projet a progressivement disparu des préoccupations des décideurs alors même que la ville connaissait une expansion urbaine rapide vers l’est et le sud. Le plus paradoxal est qu’Oran a continué à lancer ou à achever plusieurs opérations d’aménagement urbain sans disposer de cette infrastructure pourtant essentielle à la cohérence de son système de transport.
La mise en service du tramway, l’extension de nouveaux pôles urbains, le développement des zones universitaires et l’ouverture de grands équipements n’ont pas été accompagnés par la création d’un véritable centre de correspondance capable d’absorber les flux croissants de voyageurs. Cette absence de planification intégrée a contribué à accentuer les dysfonctionnements observés aujourd’hui.
Les gares routières fonctionnent souvent au-delà de leurs capacités, les points de départ des transports demeurent dispersés et les usagers continuent de perdre un temps précieux dans des correspondances compliquées. Quant à la circulation automobile, elle subit quotidiennement les conséquences d’une organisation des déplacements qui peine à suivre l’évolution démographique et urbaine de la métropole oranaise.
La relance annoncée du projet ne devrait donc pas être considérée comme une simple opération administrative consistant à actualiser une étude ancienne. Elle doit être l’occasion de s’interroger sur les raisons qui ont conduit à l’enlisement d’un dossier aussi important durant plus d’une décennie. Car chaque année perdue a eu un coût économique, social et environnemental pour la ville. Une métropole qui ambitionne de renforcer son attractivité économique, touristique et universitaire ne peut continuer à fonctionner avec un système de transport fragmenté hérité d’une autre époque. La gare multimodale n’est pas un luxe urbanistique. Elle constitue une nécessité.
Par S.Benali