
La Moudjahida Fatma Benmechernen : une fidélité sans faille au rendez-vous électoraux
A 88 ans, la moudjahida Hadja Fatma Benmechernen n’a manqué aucun rendez-vous électoral, depuis le recouvrement de la souveraineté nationale. Pour elle, le vote est le prolongement naturel d’un engagement né dans les maquis de Tlemcen, lorsqu’elle rejoignit les rangs de la Révolution, pour la libération du pays, à l’âge de 16 ans.
A chaque échéance électorale, elle se rend aux urnes avec la même conviction qui animait son premier vote, il y a plus de six décennies. «La fidélité au serment des chouhada ne consiste pas seulement à honorer leur mémoire, mais aussi à préserver le legs qu’ils ont confié aux générations, dont la participation à l’édification d’une Algérie victorieuse», souligne-t-elle.
Son parcours remonte à 1954, lorsqu’elle s’engagea dans les rangs de l’Armée de libération nationale (ALN), aux côtés de ses frères et de ses cousins, tous tombés en martyrs dans les montagnes de la wilaya de Tlemcen. Dès son adolescence, elle est confrontée aux réalités de la Guerre de libération nationale et devient le témoin des immenses sacrifices consentis par les Algériens pour reconquérir leur liberté. Au sein des maquis, Hadja Fatma assure des missions de soins auprès des combattants blessés. D’un refuge à un autre, dans des conditions particulièrement éprouvantes, elle prodigue les premiers secours avec discrétion et abnégation, convaincue que soigner un moudjahid est un acte de combat aussi noble que le port des armes face au colonisateur.
En 1957, elle est grièvement blessée lors d’un affrontement, avant d’échapper de justesse à la mort. Peu après, elle est arrêtée par les autorités coloniales françaises et passe cinq années en détention, où elle subit les pires sévices. A sa libération, en 1962, elle garde une infirmité permanente à la jambe, stigmate des années de la lutte.
Malgré les épreuves traversées, Hadja Fatma n’exprime ni amertume ni ressentiment. A chacune de ses évocations du passé, elle prie pour que Dieu préserve l’Algérie, rappelant que ce pays a été libéré au prix du sacrifice de millions de chouhada et de moudjahidine. A ses yeux, la meilleure manière d’honorer leur mémoire est de poursuivre l’œuvre de construction nationale avec le même esprit de dévouement.
Pour la moudjahida, l’indépendance n’a jamais constitué l’aboutissement du combat, mais le point de départ d’une responsabilité collective: préserver l’unité nationale, consolider les institutions de l’Etat et contribuer au développement du pays. Une responsabilité qui incombe, a ses yeux, à chaque citoyen. Convaincue que la participation aux élections est à la fois un droit constitutionnel et un devoir national, Hadja Fatma considère chaque bulletin glissé dans l’urne comme un témoignage de fidélité envers les martyrs et un acte de confiance en l’avenir de l’Algérie. C’est cette conviction qui explique qu’elle n’ait jamais manqué une seule consultation électorale depuis l’indépendance.
Aujourd’hui encore, plus de sept décennies après le déclenchement de la glorieuse Révolution du 1er Novembre, elle s’appuie sur sa canne pour rejoindre son bureau de vote, chaque fois que l’Algérie appelle ses citoyens à élire leurs représentants. Un geste simple, mais hautement symbolique, qui traduit l’attachement indéfectible de la génération de Novembre aux valeurs pour lesquelles elle s’est sacrifiée.
Avec un sourire empreint de sérénité et d’optimisme, Hadja Fatma résume sa philosophie en quelques mots : «Je vote parce que j’ai accompli mon devoir hier et que je continue à l’accomplir aujourd’hui. Je vote en hommage aux chouhada, pour mes enfants et mes petits-enfants, et pour une Algérie qui, avec la grâce de Dieu, sera meilleure chaque jour».



