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Restauration de l’ordre urbain : le défi de la durabilité du changement engagé

Restauration de l’ordre urbain : le défi
de la durabilité du changement engagé

Nul ne peut nier que depuis quelques mois, Oran donne le sentiment d’être engagée dans une véritable reconquête de l’ordre et de la bonne gestion de son espace urbain. Les visites de terrain du wali se multiplient, les inspections des chantiers s’enchaînent, les réunions de coordination deviennent plus fréquentes et les mises en demeure adressées aux responsables défaillants ne relèvent plus du simple effet d’annonce.
Qu’il s’agisse de la préparation de la rentrée scolaire, de l’avancement des projets structurants, de l’amélioration des infrastructures ou encore du suivi des dossiers du logement, le rythme des interventions traduit une volonté manifeste de remettre l’administration locale au service du citoyen. Cette dynamique est d’ailleurs largement saluée par une opinion publique longtemps habituée aux lenteurs administratives, aux projets inachevés et aux promesses sans lendemain. Les décisions sont prises plus rapidement, les responsables sont davantage interpellés sur leurs résultats et l’on perçoit même une exigence nouvelle de présence sur le terrain. C’est incontestablement un changement de méthode qui mérite d’être salué. Mais cependant une réalité demeure : rétablir durablement l’ordre urbain ne dépend pas uniquement de la volonté des autorités. Le changement se heurte encore à des habitudes profondément enracinées, à des résistances silencieuses et parfois même à une forme d’inertie qui ralentit l’efficacité des décisions.
Il suffit d’observer certains quartiers pour constater que les opérations de nettoyage sont souvent suivies, quelques jours plus tard, par le retour des dépôts sauvages d’ordures. Les trottoirs libérés de l’occupation anarchique retrouvent progressivement leurs anciens occupants. Les espaces publics réhabilités subissent rapidement les effets du vandalisme ou du manque d’entretien. Comme si une partie de la ville refusait de tourner définitivement la page des mauvaises pratiques. Cette contradiction mérite aussi d’être soulignée. D’un côté, l’administration tente d’imposer davantage de rigueur ; de l’autre, certains comportements continuent d’alimenter le désordre. La responsabilité ne peut donc être exclusivement imputée aux institutions. Une ville ne se gouverne pas uniquement par des arrêtés ; elle se construit également par le civisme quotidien de ses habitants. Les exemples ne manquent pas. Malgré les campagnes de sensibilisation, les déchets continuent d’être déposés hors des horaires de collecte dans plusieurs secteurs urbains. Des chantiers récemment achevés présentent déjà des dégradations dues à un usage irrespectueux des équipements publics.
Les stationnements anarchiques compliquent encore la circulation dans plusieurs artères pourtant réaménagées. Les commerçants respectueux de la réglementation continuent parfois de subir la concurrence de ceux qui persistent à occuper illégalement les espaces publics. À cela s’ajoutent les dysfonctionnements internes que les inspections officielles mettent régulièrement en évidence. Certains projets avancent rapidement tandis que d’autres connaissent encore des retards difficilement explicables. Les différences de rendement entre les services sont parfois frappantes. Là où certaines communes affichent une réelle capacité d’initiative, d’autres semblent attendre systématiquement des instructions ou des rappels à l’ordre avant d’agir. Cette disparité révèle que le principal défi n’est plus seulement financier.
Les programmes de développement existent, les crédits sont mobilisés et de nombreux projets sont inscrits. Le véritable enjeu réside désormais dans la qualité de l’exécution, le suivi permanent et surtout la capacité des gestionnaires locaux à transformer les décisions en résultats visibles pour le citoyen. L’expérience montre pourtant que les progrès sont possibles lorsque la volonté existe. Les récentes opérations contre les constructions illicites, les interventions visant à améliorer le cadre urbain, le suivi plus rigoureux des entreprises chargées des travaux publics ou encore les efforts engagés pour préparer la prochaine rentrée scolaire démontrent qu’une administration réactive peut produire des résultats concrets lorsqu’elle agit avec méthode et continuité.
Il reste cependant un chantier moins visible mais tout aussi essentiel : celui des mentalités. Car l’ordre urbain ne peut être durable si chaque opération de nettoyage doit être recommencée quelques semaines plus tard, si chaque réhabilitation nécessite de nouvelles réparations ou si chaque décision administrative doit constamment être imposée par la contrainte. Les grandes villes qui réussissent sont celles où l’autorité publique et le comportement citoyen avancent dans la même direction. L’un ne peut durablement remplacer l’autre. La sanction est parfois nécessaire, mais elle ne saurait constituer l’unique moteur du changement. Oran semble aujourd’hui engagée sur une trajectoire encourageante. Les signaux envoyés par les autorités sont clairs : davantage de contrôle, plus de rigueur et une exigence accrue de résultats.
Reste désormais à transformer cette dynamique en culture permanente de bonne gouvernance. C’est sans doute là que se jouera la véritable réussite de cette nouvelle étape. Car une ville ne change réellement ni au rythme des inaugurations ni au fil des circulaires administratives. Elle change lorsque les institutions deviennent plus efficaces, lorsque les citoyens deviennent plus responsables et lorsque chacun comprend enfin que l’intérêt collectif commence souvent par les gestes les plus simples du quotidien./div>

— Par S.Benali

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