Oran

Espaces verts : forêts oubliées, ville asphyxiée

La gestion des espaces verts et forestiers se heurte à des contraintes structurelles qui freinent leur valorisation, alors même que leur rôle environnemental et touristique devient crucial.

En première ligne, le processus de recensement et de classement des jardins publics accuse un retard notable, principalement en raison de litiges liés à la propriété foncière. Cette situation empêche certaines structures, à l’image du jardin de la délégation communale d’El Othmania, d’obtenir un statut officiel ouvrant droit à des budgets dédiés à l’aménagement, à l’irrigation et à la réhabilitation. Selon la Direction de l’environnement, six jardins seulement ont été classés à ce jour, dont le jardin des Roses de la Rue Khemisti, Ben Badis ou encore la Kenitra, Sidi M’hamed, le jardin Méditerranéen, ainsi que le Jardin de La liberté d’Es Seddikia, couvrant une superficie globale de 214 hectares.
Ce classement constitue pourtant un levier essentiel pour préserver ces espaces qui abritent une biodiversité rare, incluant des arbres centenaires nécessitant un suivi phytosanitaire régulier assuré par les organismes spécialisés. En parallèle, le potentiel forestier de la wilaya demeure largement sous-exploité. Quatre forêts récréatives ont été reconnues officiellement, mais nombre de massifs boisés souffrent d’un manque d’entretien et d’équipements.
L’absence d’infrastructures de loisirs et la pression de l’urbanisation contribuent à leur dégradation, à l’image de la forêt de Canastel, aujourd’hui fragilisée par l’accumulation de déchets et l’expansion du bâti. Ce déficit d’aménagement impacte directement le développement d’une véritable économie touristique forestière. Malgré l’existence de sites naturels attractifs, les projets d’investissement restent rares, freinés par l’absence de stratégies concrètes et d’études d’aménagement adaptées. Résultat : une offre quasi inexistante en matière de tourisme vert, alors même que ces espaces pourraient générer des retombées économiques significatives.
Les chiffres illustrent cette fragilité : les espaces verts ne représentent que 2 % de la superficie totale d’Oran, soit environ 2,43 m² par habitant, un ratio largement insuffisant au regard des standards urbains. La surface globale des zones végétalisées atteint 623 hectares, dont seulement une partie est réellement valorisée. Face à ces enjeux, les autorités locales tentent de relancer la dynamique à travers des programmes de réhabilitation, en partenariat avec des organismes publics et des associations.
Dans le même temps, des initiatives technologiques émergent, notamment le déploiement de réseaux de téléphonie et d’internet dans sept zones forestières isolées. Objectif: améliorer la surveillance et la prévention des incendies, particulièrement en période estivale. Avec près de 40 000 hectares de couvert forestier, dont une part importante constituée de pinèdes et de maquis, Oran dispose d’un capital naturel considérable. Toutefois, sans une politique d’investissement ambitieuse et une meilleure gouvernance foncière, ce patrimoine risque de rester sous-exploité, voire de se dégrader davantage, au détriment de l’environnement et du bien-être des citoyens.

Yacine Redjami

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page