Oran Aujourd'hui
PDAU du grand Oran : le défi de la planification urbaine
PDAU du grand Oran: le défi de la planification urbaine
Il y a parfois des décisions administratives qui passent presque inaperçues, noyées dans le flot quotidien des activités de gestion, des visites de terrain et des communiqués officiels. Pourtant, certaines d’entre elles méritent davantage d’attention tant elles engagent l’avenir d’une ville. La décision du wali d’Oran de relancer la révision du Plan directeur d’aménagement et d’urbanisme (PDAU) du Grand Oran appartient incontestablement à cette catégorie. L’annonce a été favorablement accueillie par les urbanistes, les architectes et tous ceux qui observent depuis longtemps les métamorphoses de la capitale de l’Ouest.
Non pas parce qu’elle promet des réalisations spectaculaires à court terme, mais parce qu’elle s’attaque enfin à ce qui constitue le socle de toute politique urbaine sérieuse : la planification. Depuis plusieurs mois déjà, les Oranais constatent une dynamique nouvelle. Les grands axes connaissent des opérations de réaménagement, les espaces publics font l’objet d’une attention plus soutenue, les trottoirs sont repris, les carrefours réorganisés, les façades embellies et certains quartiers longtemps délaissés retrouvent progressivement un visage plus digne. Ces efforts sont réels. Ils traduisent une volonté politique de remettre de l’ordre dans un paysage urbain qui s’était progressivement bien dégradé. Mais une ville ne se construit pas uniquement avec du béton, des pavés et des plantations. Elle se construit d’abord avec une vision.
Or, c’est précisément cette vision qui a fait défaut pendant de trop nombreuses années. Le PDAU actuellement en vigueur remonte à plus de trois décennies. Élaboré à une époque où Oran comptait plusieurs centaines de milliers d’habitants de moins, il avait été confié à un bureau d’études installé à Saïda. À l’époque, personne n’imaginait les bouleversements que connaîtrait la ville : l’extension spectaculaire vers l’Est et le Sud, l’apparition de nouveaux pôles urbains, les milliers de logements réalisés, l’arrivée du tramway, le développement de Belgaïd, les nouvelles zones universitaires, les infrastructures sportives, les équipements hospitaliers ou encore les mutations économiques liées au port, à l’aéroport et aux zones industrielles. La ville d’aujourd’hui n’a plus grand-chose à voir avec celle qui avait servi de référence à ce document.
Et pourtant, durant toutes ces années, Oran a continué à grandir en s’appuyant sur un instrument devenu progressivement inadapté. Certes, plusieurs tentatives de révision ont été annoncées. Des études furent lancées, des consultations engagées, des bureaux d’études désignés, des ateliers organisés. Les responsables se succédèrent, chacun promettant un nouveau document stratégique plus conforme aux réalités contemporaines. Puis le silence revenait. Le projet disparaissait des priorités administratives avant de ressurgir quelques années plus tard, sans jamais véritablement aboutir.
Cette succession de faux départs est devenue l’un des symboles les plus éloquents des difficultés qu’éprouvent nos collectivités à assurer la continuité de l’action publique. Et pendant que les procédures s’enlisaient, la ville, elle, continuait d’avancer. Parfois trop vite. Des quartiers entiers sont sortis de terre avant même que les équipements publics ne suivent. Les problèmes de mobilité se sont accentués. Les réseaux ont souvent dû être adaptés dans l’urgence. Les zones d’activités, les espaces verts, les réserves foncières, les infrastructures de transport ou les équipements collectifs ont parfois évolué davantage sous la pression des besoins immédiats que selon une vision globale du territoire. Cette manière de gérer l’urbanisation au fil des urgences n’est évidemment pas propre à Oran.
Elle caractérise malheureusement nombre de grandes villes où les instruments de planification finissent par courir derrière les réalités au lieu de les anticiper. Le paradoxe est d’ailleurs frappant. Jamais les technologies de cartographie, les outils numériques, les systèmes d’information géographique et les capacités de modélisation n’ont été aussi performants. Jamais les données statistiques n’ont été aussi nombreuses. Et pourtant, la décision publique reste encore trop souvent privée d’un document de référence actualisé capable d’orienter durablement les investissements. Un PDAU ne constitue pas un simple dossier administratif destiné à remplir les rayonnages d’une direction de l’urbanisme.
C’est la mémoire du futur d’une ville. Il détermine où construire, où préserver, où densifier, où respirer, où circuler. Il organise la coexistence entre habitat, activités économiques, espaces naturels, patrimoine historique, réseaux de transport et équipements publics. Sans lui, chaque projet risque de devenir une décision isolée, parfois pertinente localement, mais dépourvue de cohérence à l’échelle métropolitaine. Oran mérite mieux qu’une juxtaposition de bonnes initiatives. Elle mérite une véritable stratégie urbaine. La relance décidée aujourd’hui intervient à un moment particulièrement opportun. Les grands projets structurants se multiplient. Les extensions du tramway restent d’actualité. Les nouveaux pôles universitaires, hospitaliers et résidentiels redessinent progressivement la géographie de l’agglomération.
Les enjeux liés à la mobilité, à la protection des terres agricoles, à la gestion des risques naturels, aux ressources hydriques, aux espaces côtiers ou encore aux effets du changement climatique imposent désormais une réflexion dépassant largement les limites administratives de la seule commune d’Oran. Le Grand Oran est devenu une réalité que le vieux PDAU n’avait jamais imaginée. Il serait toutefois regrettable que cette nouvelle révision connaisse le même destin que les précédentes. L’histoire administrative d’Oran est jalonnée d’études coûteuses restées dans les tiroirs, de plans jamais appliqués et de schémas directeurs dépassés avant même leur adoption.
Ce risque existe encore. La réussite de cette démarche dépendra donc moins de la qualité des experts que de la volonté constante de traduire leurs recommandations en décisions effectives, suivies et évaluées. Le véritable défi n’est plus seulement de produire un nouveau document. Il consiste à réhabiliter la culture même de la planification, longtemps sacrifiée au profit de la gestion quotidienne des urgences. Car une grande ville ne se pilote pas uniquement au rythme des chantiers visibles. Elle se construit aussi dans la discrétion des cartes, des projections démographiques, des réserves foncières, des scénarios de mobilité et des choix d’aménagement qui n’offrent aucune photographie spectaculaire mais conditionnent pourtant le visage des décennies à venir. En décidant de remettre le PDAU au cœur des priorités, les autorités locales semblent avoir compris qu’une ville moderne ne se contente pas d’embellir son présent. Elle prépare surtout son avenir.
Non pas parce qu’elle promet des réalisations spectaculaires à court terme, mais parce qu’elle s’attaque enfin à ce qui constitue le socle de toute politique urbaine sérieuse : la planification. Depuis plusieurs mois déjà, les Oranais constatent une dynamique nouvelle. Les grands axes connaissent des opérations de réaménagement, les espaces publics font l’objet d’une attention plus soutenue, les trottoirs sont repris, les carrefours réorganisés, les façades embellies et certains quartiers longtemps délaissés retrouvent progressivement un visage plus digne. Ces efforts sont réels. Ils traduisent une volonté politique de remettre de l’ordre dans un paysage urbain qui s’était progressivement bien dégradé. Mais une ville ne se construit pas uniquement avec du béton, des pavés et des plantations. Elle se construit d’abord avec une vision.
Or, c’est précisément cette vision qui a fait défaut pendant de trop nombreuses années. Le PDAU actuellement en vigueur remonte à plus de trois décennies. Élaboré à une époque où Oran comptait plusieurs centaines de milliers d’habitants de moins, il avait été confié à un bureau d’études installé à Saïda. À l’époque, personne n’imaginait les bouleversements que connaîtrait la ville : l’extension spectaculaire vers l’Est et le Sud, l’apparition de nouveaux pôles urbains, les milliers de logements réalisés, l’arrivée du tramway, le développement de Belgaïd, les nouvelles zones universitaires, les infrastructures sportives, les équipements hospitaliers ou encore les mutations économiques liées au port, à l’aéroport et aux zones industrielles. La ville d’aujourd’hui n’a plus grand-chose à voir avec celle qui avait servi de référence à ce document.
Et pourtant, durant toutes ces années, Oran a continué à grandir en s’appuyant sur un instrument devenu progressivement inadapté. Certes, plusieurs tentatives de révision ont été annoncées. Des études furent lancées, des consultations engagées, des bureaux d’études désignés, des ateliers organisés. Les responsables se succédèrent, chacun promettant un nouveau document stratégique plus conforme aux réalités contemporaines. Puis le silence revenait. Le projet disparaissait des priorités administratives avant de ressurgir quelques années plus tard, sans jamais véritablement aboutir.
Cette succession de faux départs est devenue l’un des symboles les plus éloquents des difficultés qu’éprouvent nos collectivités à assurer la continuité de l’action publique. Et pendant que les procédures s’enlisaient, la ville, elle, continuait d’avancer. Parfois trop vite. Des quartiers entiers sont sortis de terre avant même que les équipements publics ne suivent. Les problèmes de mobilité se sont accentués. Les réseaux ont souvent dû être adaptés dans l’urgence. Les zones d’activités, les espaces verts, les réserves foncières, les infrastructures de transport ou les équipements collectifs ont parfois évolué davantage sous la pression des besoins immédiats que selon une vision globale du territoire. Cette manière de gérer l’urbanisation au fil des urgences n’est évidemment pas propre à Oran.
Elle caractérise malheureusement nombre de grandes villes où les instruments de planification finissent par courir derrière les réalités au lieu de les anticiper. Le paradoxe est d’ailleurs frappant. Jamais les technologies de cartographie, les outils numériques, les systèmes d’information géographique et les capacités de modélisation n’ont été aussi performants. Jamais les données statistiques n’ont été aussi nombreuses. Et pourtant, la décision publique reste encore trop souvent privée d’un document de référence actualisé capable d’orienter durablement les investissements. Un PDAU ne constitue pas un simple dossier administratif destiné à remplir les rayonnages d’une direction de l’urbanisme.
C’est la mémoire du futur d’une ville. Il détermine où construire, où préserver, où densifier, où respirer, où circuler. Il organise la coexistence entre habitat, activités économiques, espaces naturels, patrimoine historique, réseaux de transport et équipements publics. Sans lui, chaque projet risque de devenir une décision isolée, parfois pertinente localement, mais dépourvue de cohérence à l’échelle métropolitaine. Oran mérite mieux qu’une juxtaposition de bonnes initiatives. Elle mérite une véritable stratégie urbaine. La relance décidée aujourd’hui intervient à un moment particulièrement opportun. Les grands projets structurants se multiplient. Les extensions du tramway restent d’actualité. Les nouveaux pôles universitaires, hospitaliers et résidentiels redessinent progressivement la géographie de l’agglomération.
Les enjeux liés à la mobilité, à la protection des terres agricoles, à la gestion des risques naturels, aux ressources hydriques, aux espaces côtiers ou encore aux effets du changement climatique imposent désormais une réflexion dépassant largement les limites administratives de la seule commune d’Oran. Le Grand Oran est devenu une réalité que le vieux PDAU n’avait jamais imaginée. Il serait toutefois regrettable que cette nouvelle révision connaisse le même destin que les précédentes. L’histoire administrative d’Oran est jalonnée d’études coûteuses restées dans les tiroirs, de plans jamais appliqués et de schémas directeurs dépassés avant même leur adoption.
Ce risque existe encore. La réussite de cette démarche dépendra donc moins de la qualité des experts que de la volonté constante de traduire leurs recommandations en décisions effectives, suivies et évaluées. Le véritable défi n’est plus seulement de produire un nouveau document. Il consiste à réhabiliter la culture même de la planification, longtemps sacrifiée au profit de la gestion quotidienne des urgences. Car une grande ville ne se pilote pas uniquement au rythme des chantiers visibles. Elle se construit aussi dans la discrétion des cartes, des projections démographiques, des réserves foncières, des scénarios de mobilité et des choix d’aménagement qui n’offrent aucune photographie spectaculaire mais conditionnent pourtant le visage des décennies à venir. En décidant de remettre le PDAU au cœur des priorités, les autorités locales semblent avoir compris qu’une ville moderne ne se contente pas d’embellir son présent. Elle prépare surtout son avenir.
— Par S.Benali