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Gestion urbaine de la ville : le défi de la performance locale

Gestion urbaine de la ville : le défi de la performance locale

Depuis plusieurs mois, l’action publique locale à Oran semble avoir changé de rythme. Les visites de terrain du wali se succèdent, les réunions d’évaluation deviennent plus régulières et les responsables des communes comme des établissements publics sont désormais appelés à rendre compte de leurs résultats. Des opérations de réhabilitation de routes, de nettoiement des quartiers, de récupération des espaces publics, de lutte contre les constructions illicites ou encore de préparation de la rentrée scolaire témoignent d’une volonté manifeste de remettre de l’ordre dans la gestion du territoire.
Cette dynamique mérite amplement d’être soulignée. Elle traduit une rupture avec une période où l’urgence l’emportait souvent sur la planification et où les insuffisances de gestion étaient parfois tolérées comme une fatalité. Aujourd’hui, les exigences sont plus élevées et les attentes de la population également. Les citoyens veulent une ville mieux administrée, des services publics plus réactifs et des institutions locales capables d’accompagner le développement rapide que connaît la métropole oranaise. Car Oran n’est plus la ville qu’elle était il y a trente ans. Son extension urbaine, la multiplication des nouveaux pôles d’habitat, l’augmentation du parc automobile, le développement des zones industrielles et l’essor des activités économiques imposent désormais une autre manière de gouverner le territoire. Les méthodes héritées d’une époque révolue où la ville était plus compacte montrent aujourd’hui leurs limites. Et c’est particulièrement au niveau des Assemblées populaires communales du grand Oran que cette évolution apparaît avec le plus d’urgence et de netteté.
Les APC demeurent en principe le premier interlocuteur du citoyen. Elles sont responsables de la propreté, de la voirie communale, de l’éclairage public, des espaces verts, des marchés, des écoles primaires, de l’état civil, de la gestion du patrimoine communal et de nombreuses missions touchant directement la vie quotidienne. Pourtant, malgré les efforts consentis par plusieurs élus et cadres locaux, force est de reconnaître que ces communes, comme bien d’autres, continuent de souffrir de dysfonctionnements organisationnels qui limitent leur efficacité.
Le problème n’est pas seulement d’ordre budgétaire ou financier. Il est aussi organisationnel et managérial. Dans plusieurs communes, l’organisation interne demeure marquée par une faible coordination entre les services techniques, administratifs et opérationnels. Les interventions restent souvent ponctuelles alors qu’elles devraient être programmées selon des priorités clairement établies. Les outils modernes de suivi, d’évaluation et de contrôle des prestations demeurent encore insuffisamment développés. Trop souvent, l’administration agit sous la pression des injonctions de la tutelle ou des réclamations plutôt qu’à partir d’une véritable stratégie d’entretien préventif.
Cette situation se traduit par des anomalies bien connues : trottoirs récemment réhabilités puis rapidement dégradés faute de coordination avec les concessionnaires, espaces verts aménagés mais insuffisamment entretenus, éclairage public rétabli dans certains quartiers tandis que d’autres attendent encore plusieurs semaines une simple intervention technique, ou encore chaussées ouvertes à plusieurs reprises par différents réseaux sans véritable planification commune. Le constat vaut également pour la gestion du patrimoine communal. Oran dispose d’un patrimoine immobilier important, composé de marchés, de parkings, de locaux commerciaux, d’anciens équipements culturels et sportifs ou encore de bâtiments administratifs. Une meilleure valorisation de ces biens permettrait pourtant de renforcer sensiblement les ressources propres des communes et de réduire leur dépendance vis-à-vis des dotations publiques.
L’autre défi concerne la proximité avec le citoyen. Les habitants attendent désormais une administration plus accessible, plus réactive et davantage présente sur le terrain. Les nouvelles technologies offrent aujourd’hui des outils performants pour signaler les anomalies, suivre les interventions ou informer la population en temps réel. Leur généralisation contribuerait à améliorer considérablement la qualité du service public local. Mais à ce jour, par exemple, la commune d’Oran ne dispose pas d’un site internet professionnel interactif fiable et performant.
Il serait toutefois injuste d’ignorer les progrès enregistrés. Plusieurs communes ont accéléré les opérations de nettoiement, engagé des programmes de réhabilitation de la voirie, renforcé la lutte contre les occupations illicites du domaine public et amélioré progressivement l’entretien des équipements collectifs. Les inspections régulières du wali ont également instauré une culture de l’évaluation qui incite désormais chaque responsable à davantage de rigueur. Mais cette dynamique gagnerait à être consolidée par une réforme plus profonde des méthodes de gestion. L’administration locale doit progressivement évoluer d’une logique de moyens vers une logique de résultats. Les indicateurs de performance, les contrats d’objectifs, les tableaux de bord, la programmation pluriannuelle des interventions et l’évaluation régulière des services devraient devenir des instruments ordinaires de gouvernance.
Au fond, le véritable enjeu n’est plus seulement d’améliorer la ville, mais d’améliorer la manière de l’administrer. Car une métropole comme Oran ne peut durablement accompagner son développement économique, touristique et démographique avec des structures fonctionnant selon des méthodes parfois dépassées. Les investissements continueront d’être nécessaires, mais ils ne produiront pleinement leurs effets que s’ils s’appuient sur des institutions locales modernes, coordonnées et performantes.
Les avancées constatées ces derniers mois montrent que le changement est possible. Il reste désormais à franchir une étape supplémentaire : faire de la qualité de la gouvernance locale non plus une ambition, mais une véritable culture administrative.
— Par S.Benali

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