Oran

Rapprocher l’offre médicale des quartiers et des zones périphériques : la santé change d’échelle

À Oran, la modernisation du système de santé ne se résume plus à l’ouverture ponctuelle d’un service ou à l’arrivée d’un nouvel équipement. Elle se joue désormais dans une transformation plus large, qui touche à la fois l’organisation des soins, la proximité géographique, les conditions de prise en charge et les méthodes de gestion.

Dans les communes de la wilaya, les chantiers de construction, de réhabilitation et de remise à niveau des structures sanitaires accompagnent ainsi une volonté de rapprocher l’offre médicale des quartiers et des zones périphériques. Pour les habitants, cette évolution possède une dimension très concrète : lorsqu’une urgence survient, quelques kilomètres ou quelques dizaines de minutes peuvent faire la différence. La dynamique concerne notamment des services hospitaliers spécialisés et des unités de soins de proximité. La mise en service de nouvelles activités, dont l’hémodialyse et les urgences chirurgicales au niveau de l’établissement hospitalier d’El Mohgoun, illustre cette orientation. L’enjeu dépasse la simple capacité d’accueil.

Il s’agit de réduire la pression sur les grands établissements, d’éviter des déplacements parfois pénibles et de donner aux patients la possibilité d’accéder plus rapidement à une prise en charge adaptée. Cette politique peut également produire un effet économique indirect : moins de trajets, moins de dépenses de transport pour les familles et moins de temps perdu pour les accompagnateurs. Derrière les statistiques et les programmes d’équipement, il y a surtout des situations humaines où chaque minute compte.

Une obstruction des voies respiratoires, une hémorragie interne, une appendicite aiguë, une fracture après une chute, un traumatisme provoqué par un accident de circulation ou une douleur abdominale intense dont l’origine reste inconnue peuvent rapidement transformer une journée ordinaire en situation critique. Certaines blessures, notamment après une chute d’un lieu élevé ou un choc violent, peuvent dissimuler des lésions internes qui ne sont pas immédiatement visibles.

Dans ces circonstances, la proximité des services d’urgence et la disponibilité des équipes médicales constituent des facteurs déterminants. Le rôle des structures sanitaires locales est donc double : recevoir les cas nécessitant une intervention immédiate et orienter, lorsque cela s’impose, les patients vers des plateaux techniques plus spécialisés. Cette articulation évite que les hôpitaux de référence ne deviennent les seuls points d’entrée du système et permet de mieux répartir les flux de malades. La même philosophie s’applique aux salles de soins. Renforcer ces unités avec des prestations supplémentaires peut sembler relever de gestes simples, mais leur impact social est considérable. Contrôler une tension artérielle, mesurer une glycémie, administrer une injection, nettoyer une plaie ou renouveler un pansement sont des actes fréquents, particulièrement importants pour les personnes âgées, les patients chroniques et les familles disposant de moyens de déplacement limités. Les effectuer près du domicile, c’est réduire une contrainte quotidienne qui, répétée semaine après semaine, peut devenir un véritable coût social.

Le dossier médical entre dans l’ère numérique

L’autre grande mutation engagée dans le secteur concerne les données. La numérisation du parcours de santé vise à faire du dossier du patient un outil vivant, accessible aux professionnels autorisés plutôt qu’un ensemble de documents papier dispersés entre cabinets et établissements. À Oran, la direction de la santé et de la population accorde une attention particulière à cette évolution, sous l’impulsion de son responsable, Kaci Abdellah.

Le principe est simple : permettre au praticien de retrouver plus rapidement les informations nécessaires à la compréhension de l’état du malade. Un dossier électronique correctement renseigné peut réunir l’historique médical, les examens déjà réalisés, les traitements suivis et les informations utiles à la prise de décision. Cette continuité est particulièrement précieuse lorsqu’un patient change d’établissement ou consulte en urgence.

Elle peut limiter la répétition inutile d’analyses, éviter certaines pertes de documents et raccourcir le temps consacré à reconstituer les antécédents. Pour la famille, le bénéfice potentiel est également financier: moins d’examens redondants signifient, lorsque la situation le permet, moins de dépenses et moins de déplacements. La digitalisation touche aussi les coulisses de l’hôpital. Suivre informatiquement les équipements, les stocks et les produits pharmaceutiques permet d’avoir une vision plus précise des besoins et des disponibilités.

La gestion des médicaments est particulièrement sensible, car certains produits sont soumis à des dates de péremption et exigent une surveillance rigoureuse. Une meilleure traçabilité peut contribuer à réduire les pertes, à anticiper les ruptures et à améliorer l’utilisation des ressources publiques. La transformation numérique devient ainsi un outil médical, mais aussi un instrument de rationalisation économique et administrative.

L’Education : la santé s’invite dans la boîte à goûter

À l’approche de la rentrée sociale et scolaire, les établissements de santé ne se limitent pas à leurs missions curatives. Des actions de sensibilisation sont programmées pour rappeler aux familles que la prévention commence dans les habitudes quotidiennes. L’alimentation des enfants occupe une place centrale dans ce discours.

Le contenu du goûter emporté à l’école, souvent considéré comme un détail, peut pourtant peser sur la santé bucco-dentaire et sur l’équilibre alimentaire à long terme. La prévention ne s’arrête toutefois pas au contenu du cartable. Le rythme de vie de l’enfant influence directement ses capacités d’attention. Un sommeil suffisamment long, des horaires réguliers, du temps réservé aux devoirs mais aussi des moments de détente constituent les bases d’un équilibre quotidien. Le message adressé aux familles insiste sur la nécessité d’un coucher relativement précoce afin que l’enfant puisse commencer sa journée avec une meilleure disponibilité physique et mentale. Les campagnes de terrain élargissent enfin leur champ à la protection de l’enfant et à la prévention des conduites à risque. Les parents sont encouragés à rester attentifs à l’environnement social de leurs enfants, sans transformer la surveillance en simple interdiction. Le dialogue, l’écoute et l’accompagnement deviennent essentiels face aux dangers liés aux stupéfiants et aux autres comportements à risque qui peuvent toucher différentes catégories d’âge. Les opérations de sensibilisation comprennent également des examens médicaux destinés aux visiteurs des structures sanitaires, des enfants aux adultes et aux personnes âgées.

Ces rendez-vous permettent de repérer plus tôt certains problèmes, d’orienter les patients et de diffuser des conseils adaptés.

Le dépistage précoce transforme ainsi la relation entre citoyen et système de santé: au lieu d’attendre que la maladie impose une hospitalisation, il devient possible d’agir en amont. À Oran, la modernisation sanitaire apparaît donc comme un chantier à plusieurs dimensions. Elle combine l’ouverture et la réhabilitation des structures, la proximité des soins, le renforcement des équipements, la transformation numérique et la prévention. Les salles de soins, les centres de proximité, les outils numériques et les campagnes d’information forment un réseau complémentaire.

Pour une wilaya au poids démographique et économique important, l’enjeu est autant sanitaire que social : mieux soigner, c’est aussi préserver le temps des familles, limiter les dépenses évitables, améliorer l’efficacité des services publics et maintenir la population en meilleure santé.

Yacine Redjami

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