Oran Aujourd'hui

Promotions immobilières : vers la fin des dérives et de la complaisance ?

Promotions immobilières : vers la fin des dérives et de la complaisance ?

La récente réunion présidée en début de semaine par le wali d’Oran consacrée au renforcement de l’encadrement et du contrôle des projets immobiliers n’a rien d’un simple rendez-vous administratif. Elle traduit une prise de conscience devenue incontournable : la ville ne peut plus continuer à grandir au rythme des dérogations, des improvisations et des entorses répétées aux règles d’urbanisme. Derrière les grues qui dominent le paysage urbain et les nombreux chantiers qui jalonnent les communes de la wilaya, se cache une autre réalité, celle d’un développement parfois désordonné où les exigences de qualité, de sécurité et d’intégration urbaine passent encore trop souvent au second plan. Les orientations données par le chef de l’exécutif, appelant à combattre toutes les formes de dépassements enregistrés dans les programmes immobiliers, vont dans le bon sens. Elles s’inscrivent dans une volonté plus large de restaurer l’autorité de l’État sur le territoire communal et de mettre un terme aux pratiques qui, depuis des années, fragilisent l’image de la métropole de l’Ouest.

Car les exemples ne manquent malheureusement pas. À Oran, certains promoteurs continuent d’occuper abusivement le domaine public pour installer leurs bases de chantier, réduisant les trottoirs à leur plus simple expression et obligeant les piétons à marcher sur la chaussée. Ailleurs, des matériaux de construction s’entassent durant des mois sans aucune protection, tandis que les gravats envahissent les espaces publics. Des clôtures provisoires deviennent permanentes, des rues demeurent dégradées et les riverains supportent quotidiennement poussières, nuisances sonores et difficultés de circulation.

Plus préoccupant encore, certains projets donnent l’impression que le permis de construire constitue davantage une formalité administrative qu’un engagement à respecter scrupuleusement les prescriptions techniques et urbanistiques. Modifications en cours de chantier, dépassements de gabarit, non-respect des retraits réglementaires, insuffisance des aires de stationnement, occupations anarchiques des rez-de-chaussée ou transformations des espaces communs : autant de dérives qui altèrent progressivement la cohérence du tissu urbain.

Ces derniers mois, les autorités locales ont pourtant multiplié les interventions pour rétablir l’ordre. Les opérations de démolition des constructions illicites dans plusieurs communes de la wilaya, la récupération du domaine public, les campagnes contre les occupations anarchiques des trottoirs, les mises en demeure adressées à certaines entreprises pour accélérer les travaux de voirie ou encore les inspections menées sur différents chantiers témoignent d’une volonté réelle de remettre de la discipline dans la gestion de l’espace urbain. Ces actions méritent d’être saluées. Mais elles ne suffiront pas si elles ne s’accompagnent pas d’un contrôle permanent et surtout de sanctions dissuasives. Trop souvent, les infractions constatées donnent lieu à de simples rappels à la réglementation sans conséquences réelles. Cette impression d’impunité nourrit les récidives et encourage ceux qui considèrent encore les règles d’urbanisme comme des contraintes négociables.

Les difficultés existent également au sein même des collectivités locales. Les services techniques communaux souffrent parfois d’un manque de moyens humains, d’outils modernes de suivi et de coordination entre les différents intervenants. La croissance rapide d’Oran, l’importance des programmes de logements et la multiplication des investissements accentuent encore cette pression sur les administrations chargées du contrôle. Au-delà des aspects techniques, c’est aussi une question de culture urbaine. Construire une ville ne consiste pas uniquement à ériger des immeubles. Il s’agit de créer un environnement harmonieux où l’architecture dialogue avec les espaces publics, où la circulation demeure fluide, où les équipements collectifs suivent le rythme de l’urbanisation et où chaque projet contribue à embellir la ville plutôt qu’à la défigurer.

Oran aspire aujourd’hui à renforcer son attractivité économique, touristique et résidentielle. Cette ambition ne pourra être pleinement réalisée que si l’urbanisme cesse d’être perçu comme une simple accumulation de mètres carrés bâtis. Restaurer l’ordre urbain exige de la rigueur, de la transparence, de la continuité dans l’action publique et une responsabilité partagée entre les autorités, les promoteurs, les bureaux d’études et les citoyens. La ville a longtemps payé le prix des compromis et des tolérances excessives. Il est désormais temps que chaque chantier devienne un exemple de conformité plutôt qu’une source de contentieux. Car une ville bien construite n’est pas seulement celle qui s’étend ; c’est surtout celle qui respecte ses propres règles et prépare durablement son avenir.

— Par S.Benali
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