Oran Aujourd'hui

Cité scientifique de la Sebkha : entre ambition écologique et réalités du terrain

Il existe des projets qui naissent d’une nécessité économique. D’autres répondent à une urgence sociale. Et puis il y a ceux qui portent une véritable vision de l’avenir. Le projet de réalisation d’une Cité scientifique sur le site de la Sebkha d’Oran, auparavant présenté comme un « Village scientifique », appartient incontestablement à cette dernière catégorie. Son ambition était de transformer un espace longtemps considéré comme une contrainte naturelle en un véritable laboratoire de recherche, d’innovation et de développement durable.
Sur le papier, l’idée était des plus séduisantes. Réhabiliter la Sebkha, protéger une zone humide classée, développer un pôle de recherche consacré aux sciences de l’environnement, créer des espaces de loisirs, accueillir des centres universitaires, des laboratoires, des équipements culturels et des infrastructures destinées au tourisme scientifique. Une belle manière de réconcilier enfin Oran avec l’un de ses plus grands espaces naturels. Mais entre l’ambition initiale et la réalité du terrain, le chemin s’est révélé beaucoup plus complexe. Car la Sebkha est loin d’être un simple terrain vierge attendant un projet d’aménagement. Elle est avant tout un écosystème profondément fragilisé par plusieurs décennies d’abandon et de pollution chronique. Au fil des années, le lac salé est devenu le réceptacle des eaux usées provenant des agglomérations environnantes.
Les déversements continus d’effluents domestiques ont progressivement altéré son équilibre écologique, favorisant les mauvaises odeurs, la prolifération d’algues et la dégradation de la biodiversité qui faisait pourtant toute la richesse du site. Dès lors, une évidence s’est imposée : aucune opération d’aménagement d’envergure ne pouvait être envisagée sans résoudre au préalable cette question fondamentale de l’assainissement.
Les études successives ont toutes convergé vers la même conclusion : le transfert des conduites d’assainissement vers la station d’épuration d’El Kerma constitue le préalable incontournable à toute renaissance du site. Sans cette opération, toute valorisation paysagère ou scientifique resterait condamnée à cohabiter avec une pollution permanente. Un second paradoxe apparaît tout aussi révélateur. La Sebkha d’Oran bénéficie d’un statut environnemental qui lui confère une valeur écologique exceptionnelle. Zone humide reconnue à l’échelle internationale, elle accueille périodiquement une faune remarquable et constitue un écosystème particulièrement sensible. Cette richesse environnementale représente précisément l’un des principaux atouts du futur projet scientifique.
Mais elle constitue également l’une de ses principales contraintes. Comment développer des infrastructures sans porter atteinte à un milieu que l’on prétend justement préserver ? Comment accueillir des milliers de visiteurs tout en maintenant l’équilibre écologique d’un espace protégé ? Toute la réussite du projet dépend désormais de cette équation délicate. Le projet continue d’attendre la levée de plusieurs contraintes techniques, environnementales, administratives et financières dont la résolution conditionne son lancement effectif.
Il serait cependant injuste de réduire ce dossier à une simple accumulation de retards. La complexité même du site impose des études approfondies, des arbitrages parfois longs et une coordination entre de nombreux intervenants: environnement, ressources en eau, hydraulique, urbanisme, collectivités locales, universités et organismes scientifiques. La Sebkha représente aujourd’hui l’un des derniers grands espaces naturels susceptibles de structurer durablement le développement futur d’Oran.
Le succès de la future Cité scientifique ne dépendra donc pas uniquement de la qualité de son architecture ni du prestige de ses futurs laboratoires. Il dépendra d’abord de la capacité à restaurer l’intégrité écologique de la Sebkha, en mettant définitivement fin aux déversements d’eaux usées, en réhabilitant les milieux naturels et en assurant une gestion durable des ressources hydriques. C’est seulement à ce prix que cette ambitieuse vision cessera d’être une promesse pour devenir une réalité.
Par S.Benali

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