Oran Aujourd'hui

Communes balnéaires : une action à installer dans la durée

L’annonce par les autorités locales de la mobilisation d’une enveloppe de 200 milliards de centimes , exclusivement consacrée à la préparation de la saison estivale, se veut rassurante. Ce financement doit permettre, selon les informations publiées par la wilaya, de réaliser des opérations d’entretien, d’embellissement, de réhabilitation des espaces publics, de rénovation de l’éclairage et d’amélioration des principaux axes de circulation desservant les plages du littoral oranais. L’objectif affiché est clair : offrir aux centaines de milliers d’estivants attendus un séjour agréable, sécurisé et conforme à l’image touristique que souhaite projeter la région. Personne ne conteste la nécessité absolue de préparer la saison estivale. Ce qui mérite en revanche d’être sérieusement questionné, c’est le caractère répétitif de cette démarche qui semble désormais constituer et s’installer désormais en principal mode de gestion du territoire des communes dites balnéaires.
Car chaque année, ou presque, le même scénario se répète avec une étonnante régularité. À quelques semaines de l’ouverture de la saison estivale, les collectivités locales redécouvrent l’état de dégradation des voiries, des trottoirs, des espaces verts, de l’éclairage public, des réseaux d’assainissement, des accès aux plages ou encore du mobilier urbain. Des enveloppes exceptionnelles sont alors débloquées dans l’urgence afin de rendre présentables des territoires qui, pendant le reste de l’année, peuvent parfois retomber dans une forme de sommeil administratif.
Cette succession annuelle de plans de rattrapage finit par poser une véritable question de gouvernance. Pourquoi des communes dont la vocation touristique est connue depuis des décennies demeurent-elles aussi dépendantes de subventions annuelles exceptionnelles pour accomplir ce qui relève normalement de leur gestion quotidienne ? Pourquoi le nettoyage, l’entretien des espaces publics, la maintenance des équipements ou la préservation du patrimoine naturel deviennent-ils chaque été des opérations extraordinaires nécessitant des financements d’urgence ? Le problème dépasse largement la seule préparation de la saison estivale. Une commune balnéaire ne devrait pas vivre au rythme des seules vacances d’été. Elle devrait fonctionner douze mois sur douze selon un programme annuel de maintenance, d’entretien préventif, de contrôle des réseaux, de protection des plages et de valorisation constante et durable des espaces publics.
Pourtant, le développement économique et urbain de ces communes demeure largement conditionné par des campagnes ponctuelles d’embellissement qui peinent à masquer les insuffisances structurelles de leur gestion. Le véritable défi n’est donc pas seulement de «réussir une saison estivale». Il consiste à transformer durablement ces communes en véritables territoires touristiques capables d’assurer, tout au long de l’année, un niveau constant de qualité des services publics, de propreté, de sécurité, de mobilité et de préservation environnementale. L’efficacité d’une politique publique ne devrait pas se mesurer au montant des crédits débloqués à l’approche de l’été, mais à la capacité des collectivités à rendre ces enveloppes exceptionnelles de moins en moins nécessaires. Après des décennies de programmes estivaux reconduits presque à l’identique, le moment est sans doute venu d’engager un audit approfondi du fonctionnement des communes balnéaires oranaises. Il ne s’agit plus seulement d’évaluer les travaux réalisés avant chaque saison, mais de comprendre pourquoi ces mêmes opérations doivent être recommencées année après année.
Par S.Benali

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