Extensions du tramway : entre attente et urgence
Lorsqu’il fut inauguré le 1er mai 2013, le tramway d’Oran incarnait bien davantage qu’un nouveau moyen de transport. Il symbolisait l’entrée de la métropole dans une nouvelle conception de la mobilité urbaine. Avec ses 18,7 kilomètres reliant Sidi Maârouf à Es-Sénia, ses stations modernes et son intégration au paysage urbain, beaucoup y voyaient la première colonne vertébrale d’une ville appelée à poursuivre sa croissance selon une logique cohérente et plus rationnelle. Mais cette première ligne n’avait jamais été conçue comme une fin en soi. Dès les études initiales, les documents de planification prévoyaient une seconde étape : prolonger le réseau vers le nouveau pôle urbain de Belgaid, le complexe olympique Miloud-Hadefi, le pôle universitaire de Bir El Djir, puis établir une liaison directe avec l’aéroport international Ahmed Ben Bella d’Es-Sénia.
Deux extensions considérées comme indispensables pour accompagner l’expansion rapide de la ville. Treize années plus tard, force est de constater que cette seconde phase demeure toujours à l’état de promesse annoncée. Pourtant, les déclarations officielles n’ont jamais réellement cessé. Les responsables locaux ont régulièrement réaffirmé leur volonté de relancer ces projets. L’annonce de la levée du gel financier, faite lors d’une réunion de l’Assemblée populaire de wilaya puis reprise à plusieurs reprises, avait suscité un réel espoir. Les autorités avaient même évoqué un lancement des travaux avant la fin de l’année 2025 passé, en soulignant le caractère prioritaire de ces infrastructures pour accompagner le développement de l’est oranais. Mais depuis cette annonce, les Oranais attendent toujours les premiers signes visibles d’un démarrage effectif.
Cette situation révèle l’un des paradoxes majeurs de l’aménagement urbain à Oran. La ville continue de s’étendre à un rythme soutenu, tandis que ses infrastructures de transport demeurent pratiquement figées. Belgaïd est devenu un immense bassin d’habitat. Des dizaines de milliers de logements y ont été réalisés. Le nouveau pôle universitaire accueille chaque jour des dizaines de milliers d’étudiants. Le complexe olympique Miloud-Hadefi génère lors des grandes manifestations sportives des flux considérables de voyageurs. Les nouveaux quartiers périphériques poursuivent leur urbanisation. Pourtant, tous ces équipements continuent de dépendre presque exclusivement de l’automobile, des autobus et des taxis.
Le tramway, qui devait précisément structurer cette croissance, reste arrêté à plusieurs kilomètres de ces nouveaux centres de vie. Le même constat vaut pour la desserte de l’aéroport Ahmed Ben Bella. Dans toutes les grandes métropoles modernes, la connexion ferroviaire entre l’aéroport et le centre-ville constitue désormais un équipement presque naturel. Elle facilite les déplacements des voyageurs, réduit la congestion routière et renforce l’image d’une métropole ouverte sur son environnement économique et touristique. Oran dispose aujourd’hui d’un aéroport modernisé, appelé à accueillir un trafic croissant. Pourtant, l’accès continue de reposer essentiellement sur la route, alors même que son raccordement au tramway figurait parmi les premières ambitions du projet initial. Comment expliquer une telle situation ? Les contraintes budgétaires ont longtemps été avancées pour justifier le gel des extensions. Les arbitrages financiers nationaux ont effectivement conduit à reporter plusieurs grands investissements publics.
Mais cette explication ne saurait résumer, à elle seule, plus d’une décennie d’attente. Le véritable problème réside sans doute dans le décalage persistant entre la planification urbaine et la réalisation des infrastructures. Les programmes de logements, les équipements universitaires, les installations sportives et les nouveaux pôles administratifs ont été livrés beaucoup plus rapidement que les réseaux de transport appelés à les desservir.La ville s’est développée avant même que son système de mobilité ne puisse suivre.
Une autre interrogation demeure. Les Jeux méditerranéens de 2022 avaient constitué une formidable occasion d’accélérer ces projets structurants. La présence du nouveau complexe olympique renforçait naturellement la pertinence d’une extension rapide du tramway vers cette partie de la ville. L’occasion n’a pas été saisie.
Les extensions du tramway ne constituent plus un simple projet d’infrastructure. Elles sont devenues le révélateur d’une question beaucoup plus fondamentale : celle de la capacité de la planification urbaine à accompagner réellement la transformation de la deuxième ville du pays.
Par S.Benali