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RECRUDESCENCE DES HERBORISTES DANS LE CIRCUIT DE L’INFORMEL:
La majorité des herbes vendues échappent à tout contrôle

Les diverses activités commerciales, versées dans la vente des herbes médicinales, dont certaines naviguent dans le sillage de l’informel, tendent à prendre des proportions démesurées à Oran et ce, en dépit des mises en garde de la direction du commerce et des prix, DCP.

En effet selon le constat établi sur le terrain, cette activité lucrative a tendance, ces dernières années, à basculer dans la transformation de boutiques en de véritables cabinets de consultations d’une clientèle de plus en plus nombreuse d’une crédulité incroyable, patients souffrant plutôt de l’indigence de l’esprit.


A Oran, la simple opération de vente des produits cède peu à peu sa place à des auscultations illicites, dans le domaine de la dermatologie notamment, effectuées toute honte bue par des pseudos- herboristes. Selon des sources hospitalières, plus de 60 cas d’intoxication par les plantes dites médicinales ont été enregistrés à Oran depuis le début de l’année. Pour les patients qui se bousculent au portillon, l’absurde argumentaire de l’herbe naturelle, qui ne pourrait pas causer plus de mal, est souvent mise en avant.
Suprême ironie, le dénouement intellectuel, qui est entré dans cet insensé, frisant la schizophrénie, bal des sorcières en fredonnant dans les oreilles de l’inculte, que leurs traitements ont même réussi à guérir des personnes atteintes du Covid19.
« Une insanité outrancière, qui table sur une stupide naïveté » a fait remarquer un anesthésiste retraité du Chu d’Oran. Notons à ce propos que les dermatologues de la place d’Oran ont tiré la sonnette d’alarme pour démentir catégoriquement cet argument tout en dénonçant la médication anarchique aux herbes. Ils ont souligné que « 90% des plantes vendues par les herboristes ne sont pas soumises au préalable à des contrôles sanitaires ».
Des spécialistes en dermatologie ont mis en garde « contre la médication anarchique aux herbes », en faisant remarquer que « chaque herbe est constituée d’une partie verte, d’une autre sèche et des racines et que chacune de ces composantes présente des aspects bénéfiques et nocifs, en avertissant contre leur utilisation sans consultation des spécialistes en la matière. La médication aux herbes nécessite une connaissance suffisante sur les propriétés, les indications et les effets secondaires de ces produits. Même si certains malades préfèrent recourir aux plantes médicinales pour leurs bienfaits, ils ne doivent pas ignorer leurs méfaits et leurs complications et ne doivent surtout pas les utiliser pour le traitement de certaines affections difficiles comme les tumeurs et le psoriasis ». Ils ont également déploré que « les instances officielles ont laissé libre court à la propagation de ce phénomène ».
Pour le docteur Kamel Messaoud Nacer, spécialiste en dermatologie, installé à Oran, « nombre de personnes sollicitent les conseils des magasins de vente des herbes naturelles et médicinales plus particulièrement lorsque la médecine moderne s’est montrée, pour de multiples raisons, impuissante à guérir le mal dont elles souffrent. Mais le plus inquiétant est que certains patients préfèrent s’adresser directement à ces commerces au premier malaise sans se référer aux conseils d’un spécialiste ni même effectuer les analyses biologiques nécessaires pour déterminer le type de maladie qui les affecte. L’utilisation des plantes médicinales doit répondre à des normes et à des dosages exacts. Dans certains cas, les plantes peuvent être toxiques et d’autres carrément nocives en interaction avec d’autres plantes, des médicaments ou des suppléments » a-t-il expliqué en substance.


Il ressort de la mise en garde des médecins spécialistes en la matière, l’importance du contrôle du commerce informel versé dans les préparations à base d’herbes dites médicinales et l’inquiétant foisonnement des centres de soins pour médecine dite alternative. Nos interlocuteurs ont insisté sur le fait que la plupart des plantes vendues ne sont pas soumises à des contrôles de qualité, d’autant que certaines d’entre elles peuvent être dangereuses à la consommation et souvent avec effet retardé.
« Dans tous les cas de figure, ces herboristes au verbe facile réussissent à tous les coups. Leur devise se résume à ‘’pile je gagne, face tu perds’’. Ils arrivent même à se convaincre eux-mêmes sur les absurdes miracles dont ils endoctrinent leurs patients crédules », ont commenté sur un ton sarcastique nos interlocuteurs.

Rachid Boutlélis

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