Patrimoine vivant : le chant populaire en héritage
La poésie populaire algérienne et le chant melhoun ont été au centre d’une rencontre culturelle organisée à Oran, réunissant chercheurs, artistes et passionnés du patrimoine national. L’événement, marqué par une forte participation du public, s’est déroulé à la maison de la culture et des arts Zeddour Brahim Belkacem, dans le cadre des activités du Mois du patrimoine placé sous le thème «Notre patrimoine… notre civilisation».
Cette manifestation a été animée par le chercheur et écrivain spécialisé dans le patrimoine Abdelkader Bendameche, qui a présenté une communication consacrée à l’évolution du chant populaire, en particulier le melhoun, considéré comme l’une des expressions les plus anciennes de la poésie orale en Algérie. Dans son intervention, le conférencier est revenu sur le parcours des grandes figures du melhoun, soulignant leur rôle déterminant dans la préservation de ce genre poétique transmis de génération en génération. Il a insisté sur la nécessité de sauvegarder cet héritage immatériel, en le valorisant à travers la recherche académique, la documentation et sa transmission aux jeunes générations. Selon lui, le melhoun ne se limite pas à une expression artistique, mais constitue également un véritable registre social et culturel, reflétant les modes de vie, les valeurs et les traditions de la société algérienne à différentes époques. Il a ainsi appelé à renforcer les efforts de protection de ce patrimoine face aux risques d’oubli et d’érosion, notamment dans un contexte de transformations culturelles et technologiques rapides. La rencontre a également été un espace d’échange ouvert entre chercheurs, artistes et public, autour de la situation du patrimoine immatériel en Algérie.
Les participants ont souligné l’importance d’impliquer davantage les jeunes dans les projets de sauvegarde culturelle, afin d’assurer la continuité de cette mémoire collective et d’en garantir la transmission. Dans la soirée, l’événement s’est transformé en une véritable scène artistique, avec une série de prestations poétiques dédiées au melhoun. Plusieurs poètes venus de différentes wilayas ont pris part à cette animation culturelle. Parmi eux, le poète Abed Ould Gana (Relizane), le poète Ahmed Belghali (Oran), ainsi que la poétesse Mokhtaria Bendida (Mostaganem).
Leurs textes, profondément ancrés dans la tradition populaire algérienne, ont suscité une forte interaction avec le public. L’ambiance a été enrichie par des séquences musicales patrimoniales interprétées par des figures du chant traditionnel, notamment le cheikh Mohamed Ould El Houari et le cheikh Chiguer. Ces performances ont ravivé des sonorités anciennes, mettant en valeur la diversité des styles musicaux algériens et la richesse de ses traditions régionales. Un moment fort de la soirée a également été assuré par la troupe folklorique «Aïssaoua», affiliée à l’association du Diwane culturel, qui a présenté un spectacle rythmé et festif. Cette prestation a contribué à créer une atmosphère conviviale, plongeant le public dans l’univers des traditions populaires algériennes. De son côté, la responsable de la programmation culturelle de la maison de la Culture Zeddour Brahim Belkacem, Mme Neggaz Besma, a indiqué que cette institution œuvre à renforcer la présence du patrimoine dans les espaces culturels, en particulier auprès des jeunes.
Elle a souligné que le programme annuel vise à rapprocher le public de différentes formes d’expression du patrimoine national, tout en encourageant la participation des nouvelles générations. Elle a également rappelé que ces initiatives s’inscrivent dans la stratégie du ministère de la Culture visant à valoriser le patrimoine immatériel et à promouvoir la culture populaire à travers des espaces de dialogue entre artistes, chercheurs et citoyens. Selon elle, la préservation du patrimoine est une responsabilité collective qui nécessite l’implication de tous les acteurs culturels. Enfin, cette rencontre a été largement saluée par les participants et le public, qui ont mis en avant la qualité des interventions et la richesse des échanges.
Nassim.H

