Oran Aujourd'hui

Saison estivale : le rituel des préparatifs de la longue série des étés oranais…

À moins d’un mois de l’ouverture officielle de la saison estivale, la corniche oranaise a de nouveau eu droit à un rituel bien rodé : Celui des visites d’inspection et des tournées à travers les plages, des constats d’urgence, des instructions fermes, des promesses de livraison avant la fin du mois et des rappels solennels sur la gratuité de l’accès au littoral. Cette année encore, le wali d’Oran a sillonné en début de semaine plusieurs sites côtiers pour évaluer l’état d’avancement des travaux d’aménagement, de nettoyage, de sécurisation et d’organisation des accès. Selon la presse locale, les travaux engagés sur certaines plages doivent être achevés d’ici le 30 mai, avec une attention particulière portée aux postes de secours, aux parkings, aux accès, à la collecte des déchets et à la lutte contre l’exploitation illégale des espaces publics.
Mais derrière ces actions administratives, une question revient avec insistance : pourquoi faut-il attendre chaque veille d’été pour découvrir que les plages doivent être nettoyées, les accès dégagés, les parkings organisés, les herbes arrachées, les déchets ramassés et les postes de secours réhabilités ? À Oran, la préparation de la saison estivale semble moins relever d’une politique permanente de gestion du littoral que d’une course annuelle contre la montre. Chaque année, les mêmes images se répètent : engins mobilisés à la hâte, communes rappelées à l’ordre, responsables sommés d’accélérer, promesses d’achèvement avant l’arrivée des estivants.
Comme si l’été surgissait par surprise sur le calendrier. Le plus inquiétant n’est pas que le wali donne des instructions. C’est qu’il soit encore obligé de rappeler des évidences élémentaires : une plage doit être propre, accessible, sécurisée et gratuite. Que ces principes soient encore présentés comme des objectifs à atteindre à quelques semaines de la saison dit beaucoup sur les défaillances accumulées. La gratuité de l’accès aux plages, pourtant réaffirmée par les autorités locales et nationales, continue de nécessiter des rappels répétés, preuve que l’appropriation informelle du littoral, les parkings sauvages, les parasols imposés, les chaises louées sous contrainte et les petits rackets de saison n’ont jamais totalement disparu.
Des opérations ont même été annoncées pour ouvrir certaines plages jusque-là exploitées comme des espaces privés et les rendre accessibles gratuitement aux citoyens. Le discours officiel insiste sur la conformité, la qualité des aménagements et la sécurité des estivants. Mais le bilan réel de ces campagnes dites de préparation reste souvent difficile à mesurer.
On annonce des commissions mixtes, des interventions communales, des opérations de nettoyage, des contrôles contre l’occupation illicite du domaine public. Pourtant, sur le terrain, les mêmes dysfonctionnements réapparaissent dès les premiers grands afflux : embouteillages monstres vers Aïn El Turck, stationnements anarchiques, accès saturés, plages encombrées, déchets abandonnés en fin de journée, absence d’entretien continu, sanitaires insuffisants ou dégradés. À chaque saison, on parle de mobilisation. À chaque visite, on parle d’instructions. À chaque retard, on parle d’accélération.
Mais rarement on publie un état précis de ce qui a été réalisé l’année précédente, de ce qui a échoué, des entreprises défaillantes, des communes négligentes, des budgets consommés, des plages réellement mises à niveau, ou encore moins des sanctions prises contre ceux qui transforment le domaine public maritime en rente foncière privée. La corniche oranaise mérite mieux. Elle n’est pas seulement une vitrine touristique ; elle est un bien commun, un patrimoine naturel, social et économique. Or, un bien commun ne se prépare pas en urgence au mois de mai. Il s’entretient toute l’année. Les déchets ne naissent pas avec le premier baigneur. Les accès ne se dégradent pas en une nuit. Les parkings sauvages ne s’installent pas sans tolérance. Les exploitations illégales ne prospèrent pas sans laisser de traces. Les communes côtières, les directions techniques, les concessionnaires, les services de contrôle et les élus locaux ne peuvent pas découvrir chaque printemps l’ampleur des chantiers à reprendre. Il faut saluer la fermeté affichée lorsqu’elle vise à remettre de l’ordre, à ouvrir les plages, à protéger le domaine public et à garantir la sécurité des familles. Mais cette fermeté restera insuffisante si elle ne s’accompagne pas d’un suivi réel, public et continu. Les Oranais n’attendent pas simplement des plages nettoyées en prévision d’une visite d’un responsable. Ils attendent des plages entretenues durablement. Ils n’attendent pas seulement des parkings organisés sur le papier. Ils attendent la fin du racket et des rançons déguisées. Ils n’attendent pas seulement des postes de secours repeints chaque début d’été. Ils attendent des services opérationnels, visibles et disponibles. Beaucoup espèrent que la saison estivale 2026 soit enfin un test de résultat.

Par S.Benali

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