Oran Aujourd'hui

Santa Cruz–Mers El-Kébir : cette route oubliée que l’on redécouvre enfin…

Pourquoi l’ancienne petite route de montagne traversant le sommet du Murdjadjo, jadis empruntée par les cavaliers reliant la baie d’Oran à la crique de Mers El-Kébir, n’a-t-elle jamais été réellement réhabilitée, valorisée ou intégrée dans la stratégie de développement du réseau routier local ? La question mérite d’être posée tant ce chemin historique a longtemps souffert d’un désintérêt presque total de la part des gestionnaires et élus locaux. Durant des décennies, cette voie pourtant stratégique est restée livrée à l’abandon, comme si son potentiel touristique, historique, patrimonial et routier n’avait jamais existé. Il est vrai qu’à certaines périodes, les priorités étaient ailleurs et que la politique locale misait davantage sur les grands axes modernes que sur la réhabilitation des anciennes routes secondaires.
Mais ce choix a progressivement conduit à la marginalisation d’un itinéraire qui aurait pu devenir un véritable atout pour Oran. Aujourd’hui encore, cette route reliant Oran à Mers El-Kébir via Santa Cruz offre pourtant un raccourci appréciable vers la Corniche ouest, tout en surplombant des paysages parmi les plus spectaculaires de la région. Avec un minimum d’aménagement et d’entretien, cet ancien chemin de montagne aurait pu se transformer depuis longtemps en une véritable route touristique panoramique, capable à la fois de séduire visiteurs et touristes et de contribuer au désengorgement des axes classiques régulièrement saturés, notamment durant la saison estivale. Ironie du sort, il aura fallu l’annonce du grand projet de statue et de musée dédiés à l’Émir Abdelkader au sommet du mont Murdjadjo pour que cette ancienne liaison routière suscite enfin l’intérêt des autorités. La réhabilitation de cette route apparaît désormais comme une condition presque incontournable à la réussite du grand projet, tant la question de l’accessibilité du site devient essentielle.
En attendant, cette voie d’environ cinq kilomètres demeure dans un état de dégradation avancée, particulièrement sur le tronçon relevant de la commune de Mers El-Kébir. Chaussée détériorée, absence d’entretien durable, dégradation des accotements : le contraste est saisissant avec la section Santa Cruz-Oran, régulièrement entretenue en raison de son importance touristique et protocolaire. Cette gestion à « deux vitesses » continue d’alimenter les interrogations. Pourtant, plusieurs sources crédibles affirment qu’une étude datant des années 1950 envisageait déjà la modernisation de cette route dans le cadre d’un vieux projet de « grande Corniche supérieure » aujourd’hui abandonné. L’idée consistait à élargir et moderniser cette liaison afin d’en faire un axe complémentaire reliant Oran au littoral ouest. Plus d’un demi siècle plus tard, le constat reste encore le même : une simple opération d’élargissement et de mise à niveau pourrait suffire à redonner à cette route de montagne une réelle utilité stratégique, touristique et urbaine.
Mais encore faut-il qu’au-delà des annonces, la volonté de concrétiser ce projet réellement dépasse les aléas et les contraintes pénalisantes souvent rencontrées dans la maturation et le lancement de projets. Des situations qui illustrent une vieille problématique locale : le classement parfois incohérent, voire aléatoire, des priorités dans les opérations de développement. Dans bien des cas, les décisions semblaient davantage dictées par l’urgence sociale du moment ou par l’effet d’annonce que par une véritable vision d’aménagement du territoire à long terme. Résultat : plusieurs projets structurants capables d’améliorer concrètement la mobilité, le tourisme et le cadre urbain ont été retardés durant des décennies, avant d’être redécouverts seulement lorsque les contraintes deviennent impossibles à ignorer.

Par S.Benali

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page