Lac Télamine : une zone humide en quête de préservation
Les images publiées ces derniers jours sur les réseaux sociaux par des membres du mouvement associatif militant pour la protection de l’environnement sont accablantes. Là où s’étendait autrefois le lac Télamine, l’une des principales zones humides de l’ouest algérien, ne subsistent aujourd’hui que des étendues de terre craquelée, quelques flaques éparses et un paysage qui évoque davantage une steppe desséchée qu’un sanctuaire écologique. Ce spectacle traduit moins une fatalité climatique qu’un échec collectif dans la gestion et la préservation de ce patrimoine naturel. Les photographies montrant des meutes de chiens errants ayant élu domicile sur ce site, pourtant destiné à accueillir des milliers d’oiseaux migrateurs, illustrent à elles seules l’état d’abandon dans lequel semble avoir sombré cette zone humide.
Au-delà du risque qu’elles représentent pour les riverains, ces meutes constituent désormais une menace directe pour la nidification des espèces protégées, notamment les flamants roses, dont le lac Télamine demeure l’un des principaux refuges dans la région. Depuis plus de vingt ans, les diagnostics se succèdent avec une régularité presque mécanique.
Les experts alertent sur la diminution des apports hydriques, les prélèvements incontrôlés, les sécheresses répétitives aggravées par le changement climatique, les atteintes à l’équilibre écologique et la disparition progressive de la biodiversité. Les associations écologiques multiplient les appels à l’action. Les autorités annoncent, à chaque visite officielle, un plan d’urgence, une stratégie de sauvegarde ou un programme de réhabilitation. Puis, une fois l’émotion retombée, le silence reprend ses droits tandis que le niveau du lac continue inexorablement de baisser.
Il convient néanmoins de relever que les pouvoirs publics viennent récemment d’annoncer une nouvelle étape avec le lancement d’un projet de restauration écologique prévoyant notamment le transfert de 15 millions de litres d’eau claire vers le lac durant les trois prochaines années, la restauration des habitats naturels ainsi que la mise en place d’un comité de gestion des zones humides. Cette initiative mérite d’être saluée, car elle témoigne enfin d’une prise de conscience de la gravité de la situation. Comme bien d’autres dossiers environnementaux ou patrimoniaux de la région oranaise, le lac Télamine semble avoir longtemps vécu au rythme des déclarations officielles. À chaque crise, les études se multiplient, les commissions se réunissent et les intentions sont réaffirmées. Ce qui fait défaut, en revanche, c’est la continuité de l’action publique, le suivi des engagements et l’obligation de rendre compte.
L’histoire récente du lac Télamine ressemble ainsi à celle de certains projets oranais, victimes du vieux système de gestion souvent marqué par les lenteurs administratives, le manque de coordination et l’absence d’évaluation. Les rapports existent. Les études existent. Les commissions existent. Les budgets sont parfois annoncés. Les intentions ne manquent jamais. Ce qui manque, c’est la capacité à transformer ces intentions en résultats durables. Pourtant, la préservation de cette zone humide n’est pas un simple enjeu écologique réservé aux spécialistes de l’environnement. Elle constitue un élément essentiel de l’équilibre hydrologique régional, un rempart contre la désertification et un patrimoine naturel reconnu au niveau international.
La disparition progressive du lac Télamine ne constituerait pas seulement une perte environnementale. Elle serait aussi l’aveu d’un échec collectif. Lorsqu’une zone humide classée, reconnue et théoriquement protégée dépérit sous les yeux de tous, c’est l’ensemble du dispositif de protection de l’environnement qui se retrouve interpellé. Il est encore temps d’agir. Ce dossier appelle un véritable audit public des actions entreprises depuis le classement du site : quels programmes ont réellement été exécutés ? Quels budgets ont été engagés ? Quels résultats ont été obtenus ? Quelles administrations étaient chargées du suivi ? Les nouvelles mesures annoncées seront-elles enfin celles qui permettront d’inverser la tendance ou rejoindront-elles, elles aussi, la longue liste des promesses inachevées ? Le lac Télamine n’a pas seulement perdu son eau. Il a progressivement perdu la place qu’il aurait toujours dû occuper parmi les priorités des politiques publiques.
Par S.Benali