Tabac, drogues et psychotropes : l’urgence d’une stratégie de lutte globale efficace et permanente
La semaine dernière, à l’occasion de la Journée mondiale sans tabac, l’Établissement hospitalier universitaire du Premier Novembre 1954 à Oran a organisé une campagne de sensibilisation à la lutte contre le tabagisme. Une initiative louable qui a permis à de nombreux visiteurs de bénéficier d’informations, de conseils médicaux et de consultations spécialisées.
Les équipes du service de pneumologie ont accompli leur mission avec professionnalisme, rappelant les dangers bien connus du tabac et présentant les possibilités offertes par l’unité d’aide au sevrage tabagique. Mais au-delà de l’événement une question dérangeante demeure : quelle est l’efficacité réelle de ces campagnes lorsqu’elles ne s’inscrivent pas dans une stratégie nationale permanente, cohérente et visible sur le terrain ? Car pendant que l’on distribue des prospectus durant quelques jours dans l’enceinte d’un hôpital, la réalité quotidienne dans de nombreux quartiers populaires raconte une toute autre histoire.
Le tabagisme continue de progresser chez les jeunes, parfois dès le lycée et le collège. Plus inquiétant encore, la consommation de drogues et de psychotropes connaît une expansion alarmante. Cannabis, comprimés hallucinogènes, substances détournées de leur usage médical, mélanges toxiques de plus en plus dangereux : les saisies effectuées régulièrement par les services de sécurité représentent une partie d’un trafic qui s’est profondément enraciné dans certaines cités urbaines. Le phénomène n’est plus marginal. Il est devenu un véritable problème de santé publique, de sécurité et de cohésion sociale.
Dans certains quartiers et cités d’habitat, les habitants dénoncent souvent l’activité de jeunes dealers connus de tous, et la banalisation inquiétante de la consommation parmi les adolescents. Les conséquences sont visibles : décrochage scolaire, violences, délinquance, accidents de la route, troubles psychiatriques et désintégration progressive de nombreux liens familiaux. Le paradoxe est d’ailleurs frappant concernant le tabac lui-même. Depuis plusieurs années, les prix des cigarettes connaissent des hausses successives. Certaines marques atteignent désormais des niveaux de prix, entre cinq cent et huit cent dinars, qui auraient dû, en théorie, décourager la consommation. Or il n’en est rien. Malgré l’augmentation constante des tarifs, les jeunes continuent d’acheter leurs paquets quotidiens. Certains réduisent même leurs dépenses alimentaires ou scolaires pour maintenir leur consommation.
D’autres se tournent vers des produits de contrebande dont l’origine et la composition restent inconnues. Mais lorsqu’une addiction est déjà installée, le seul levier financier ne suffit plus. Pire encore, il favorise parfois le développement des circuits parallèles et du marché informel. Les associations actives manquent souvent de moyens. Les structures spécialisées dans le suivi des addictions demeurent insuffisantes face à l’ampleur du phénomène. Pendant ce temps, les trafiquants poursuivent leur travail de recrutement quotidien. Ils n’attendent pas la Journée mondiale sans tabac pour faire leur promotion.
Ils agissent toute l’année, dans les rues, aux abords des établissements scolaires et à travers les réseaux sociaux. Face à cette offensive permanente, quelques jours de sensibilisation sont insuffisants. La lutte contre le tabac, les drogues et les psychotropes exige une politique publique continue, coordonnée et rigoureuse associant l’école, la famille, les collectivités locales, les services de sécurité, les professionnels de santé, les médias et le mouvement associatif.
Car la véritable question n’est plus de savoir comment célébrer la Journée mondiale sans tabac. Elle est de savoir comment protéger durablement une jeunesse exposée chaque jour à des produits qui détruisent sa santé, compromettent son avenir et fragilisent toute la société.
Par S.Benali