EDITO

Ce que nous dit Yennayer

L’Algérie célèbre demain le nouvel an Amazigh, dont le calendrier nous renvoie à l’an 2976. Fête légale, chômée payée depuis plusieurs années en Algérie, cette date représente bien plus qu’un simple événement historique. Et pour cause, Tamazight n’est pas seulement un legs millénaire, mais l’un des ciments de l’identité nationale. Souvent instrumentalisé par les forces de la haine pour diviser les Algériens, ces derniers ont su résister aux influences extérieures néfastes et construire leur spécificité identitaire contre vents et marées. Il eut pendant un temps des luttes politiques. Ces dernières étaient éminemment pacifiques parce que tout le monde savait que cette partie essentielle de l’identité algérienne ne saurait entrer en conflit avec les autres composants qui font l’Algérie d’aujourd’hui. L’écrasante majorité des Algériens est musulmane et arabophone. Cela ne remet aucunement en cause ses racines profondes. Bien au contraire, la triple dimension est une richesse exceptionnelle et un motif d’unité du peuple tout entier. Et ces appartenances amazigh, musulmane, arabe, méditerranéenne et africaine sont toutes assumées par un peuple formidable qui a, à travers un vécu plusieurs fois millénaire fait de résistance héroïque, jusqu’à la guerre de libération nationale, alimenté une Histoire nulle autre pareille dans le monde. Pour sortir d’une colonisation de peuplement, il fallait d’abord garder en soi ce fabuleux héritage multiple, diversifié et très solide. De tous les témoignages de la civilisation amazighe, beaucoup de traditions sont demeurées intactes. Mais parmi celles-ci, il en est une qui est restée quasi intacte dans l’ensemble de la communauté nationale. Il s’agit du nouvel an amazigh. Cet événement est fêté dans toute l’Algérie au même moment, avec invariablement le même cérémonial. En cela Yennayer est véritablement la preuve vivante de l’amazighité de la nation.
Si l’histoire a appris à nos pères la patience et la résistance, elle nous demande aujourd’hui d’achever un travail de cohésion loin des dogmes. C’est en ouvrant les portes de l’école, des quartiers et des campagnes que nous préserverons ce trésor vivant qu’est l’identité algérienne. À travers les festivités qui feront le tour du pays, nous sommes interpellés pour donner tout son sens à l’unité nationale. Celle-ci ne signifie pas uniformité mais harmonie. Et cela les Algériens l’ont bel et bien intégré. Ils l’ont d’ailleurs tellement bien soutenu l’évolution de la cause qu’il était devenu très naturel que le premier jour de l’an amazigh soit institutionnalisé et officiellement célébré par toutes les institutions de la République. Yennayer est clairement un serment lancé au temps. Une volonté d’émergence parmi les nations et une détermination très algérienne d’avancer ensemble, dans le respect et la dignité, au cœur d’un pays qui se rêve libre, tolérant et prospère.

Par Nabil.G

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