L’IA face à dignité humaine
L’intrusion de l’Intelligence artificielle dans le quotidien des êtres humains à travers la planète ne relève certainement pas de l’anecdote. Autour de cette nouvelle technologie gravitent déjà de gros investissements. Ils atteindront les 4 800 milliards de dollars d’ici 2033. Le grand risque tient de la concentration des bénéfices entre les mains d’un nombre restreint de multinationales. Dans ce contexte, l’éco-système économique mondial traverse un « vide dangereux », selon l’appréciation de nombreux économistes. Un sérieux problème en matière de régulation laisse aux puissances économiques le contrôle de données, infrastructures et algorithmes, et qui risque d’accroître les inégalités, tout en nourrissant des formes modernes d’esclavage, notamment dans l’extraction de terres rares ou dans des conditions de travail inhumaines dans certaines régions du monde.
Il y a dans cette accélération des événements une vérité qui veut que l’IA ne peut être considérée comme moralement neutre. Aucun mécanisme ne prévoit l’inscription de ses développements dans un cadre respectueux de la dignité humaine. L’absence d’un code éthique commun, ainsi qu’une éducation renforcée pour apprendre à maîtriser et à contrôler ces technologies, donne à l’IA et à ses créateurs l’opportunité d’agir en roue libre.
Parmi les applications scandaleuses et déjà en œuvre, il y a les dérives de l’IA dans le domaine militaire. Dans les derniers conflits armés, l’usage massif de l’IA n’est plus à démontrer. Et cela n’est que le début. Cela crée une sorte de culture de la puissance, où la violence pilotée par l’IA devient un instrument légitimé de politique internationale. Le risque de cette voie dangereuse pour l’humanité est un fait établi. Mais avant la généralisation de l’utilisation de l’IA dans les guerres, avec ce que cela suppose comme de grandes destructions, l’on n’a déjà fait un autre parcours tout aussi condamnable que sont les nouvelles formes d’esclavage, nées de l’exploitation des ressources pour alimenter l’IA, notamment à travers l’exploitation de travailleurs vulnérables et la dégradation de la planète.
Ce cri d’alerte s’inscrit dans le contexte plus large du multilatéralisme fragile et de la montée des tensions géopolitiques, où la question de l’utilisation éthique de l’IA devient un enjeu de paix et de stabilité mondiale. La voie vers une « humanité magnifique » passe par une régulation éthique, une éducation renforcée, et une conscience collective de nos responsabilités face à ces nouveaux défis. Il est clair que la majorité de l’humanité, celle qualifiée de Sud Global s’associe à l’appel du pape Léon XVI pour affirmer la nécessité d’un débat mondial sur l’usage de l’IA. Cela, en tenant compte de la véritable grandeur de l’homme. Celle-ci réside dans sa capacité à maîtriser ses créations pour le bien commun, et non à en devenir esclave.
Nabil.G