A la une

Visite du Pape Léon XIV en Algérie : un événement inédit à forte portée spirituelle et politique

Le recteur de la Grande mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz, a souligné l’importance historique de la visite du Pape Léon XIV en Algérie, prévue à partir d’aujourd’hui. Selon lui, cet événement inédit s’inscrit dans une dimension à la fois spirituelle et politique, marquant une étape significative dans les relations interreligieuses et diplomatiques.

Lors de son passage, hier, dans l’émission « L’invité du jour » sur la Chaîne III de la Radio nationale, le recteur est revenu en détail sur cette visite papale qui suscite de nombreuses réactions, parfois contrastées, notamment en France. Pour Chems-Eddine Hafiz, ce déplacement de trois jours du souverain pontife, effectué à l’invitation du président de la République Abdelmadjid Tebboune, constitue « un message à la fois symbolique, spirituel et très politique également ». Il a par ailleurs indiqué que cette visite vient concrétiser un projet cher au prédécesseur de Léon XIV, Pape François, qui nourrissait le souhait de se rendre en Algérie. Ce déplacement s’inscrit ainsi dans une continuité, traduisant l’intérêt du Vatican pour le rôle de l’Algérie sur les plans religieux et géopolitique.
Évoquant la portée de cette visite, le recteur a insisté sur la profondeur spirituelle de l’Algérie, rappelant son histoire marquée par la coexistence religieuse. « Aujourd’hui, on est dans l’attente d’accueillir un homme exceptionnel, alors qu’il est chrétien. On pourrait dire qu’on est un grand pays musulman, qu’est-ce qu’on a à faire ? Et c’est là où on voit toute la dimension, la profondeur spirituelle de l’Algérie qui a toujours été un pays qui a manifesté la coexistence religieuse », a-t-il expliqué. Il a notamment mis en avant la place accordée aux minorités religieuses dans le pays, un élément qu’il considère fondamental dans le cadre de cette rencontre. Selon lui, cette visite revêt également une dimension politique importante, notamment parce qu’elle intervient après la visite du président Tebboune au Vatican en juillet dernier. Elle témoigne ainsi d’un dialogue renforcé entre Alger et le Saint-Siège, dans un contexte international marqué par de multiples enjeux. Chems-Eddine Hafiz s’est dit convaincu que cette visite « va être fantastique », tout en soulignant une autre dimension majeure : le lancement d’une tournée africaine du souverain pontife, débutant par l’Algérie. À ses yeux, ce choix n’est pas anodin. Il reflète la place particulière qu’occupe l’Algérie sur le continent africain, qualifiée de « grand frère de l’Afrique », un pays qui, selon lui, n’a jamais cessé de défendre le développement et l’épanouissement du continent.
«Il y a tellement de pays musulmans qui auraient voulu recevoir le Pape, donc, s’il a choisi l’Algérie, c’est vraiment par cette symbolique », a-t-il affirmé, mettant en avant la reconnaissance internationale dont jouit le pays. Interrogé sur la perception de cette visite en France, le recteur a indiqué que de nombreux responsables religieux chrétiens y voient un geste fort et porteur de sens. Il a confié avoir reçu des messages empreints d’émotion de la part d’évêques, de prêtres et de fidèles, touchés par le choix du souverain pontife de se rendre en Algérie. En revanche, il a relevé que certaines franges politiques, notamment issues de l’extrême droite et de l’ultra droite, se montrent critiques à l’égard de ce déplacement.
Abordant le programme de la visite, Chems-Eddine Hafiz a mis en avant les étapes hautement symboliques prévues, notamment la visite du Sanctuaire du Martyr. Il y voit un geste fort, à travers lequel le Pape rappellera que l’Algérie a mené son combat contre la colonisation avec dignité. Le recteur s’est également félicité de la visite annoncée du souverain pontife à la Grande Mosquée d’Alger. Il a souligné le caractère unique de ce lieu de culte, qui abrite un centre de recherche dédié au dialogue interreligieux, faisant de lui un symbole fort de coexistence et d’ouverture.
« Le fait que Léon XIV vienne fouler la salle de prière de la Grande Mosquée d’Alger, là aussi, c’est extrêmement symbolique. Il faut qu’on en tire des leçons positives pour dire que celui qui est différent de nous est notre frère en humanité », a-t-il déclaré, insistant sur l’importance de promouvoir les valeurs de tolérance, de respect et de fraternité entre les peuples et les religions. À travers cette visite, l’Algérie s’affirme ainsi comme un carrefour de dialogue et un acteur clé du rapprochement entre les cultures et les confessions, dans un monde en quête de repères et d’apaisement.
Mohand S

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page