Oran Aujourd'hui

L’eau à Oran : vers la fin d’un calvaire… et le début de nouvelles exigences

La nouvelle est incontestablement rassurante. Citant le directeur de l’unité, l’APS a annoncé la semaine dernière que la station de dessalement d’El Mactaâ a porté sa capacité de production à 460 000 mètres cubes par jour, à la faveur d’une importante opération de réhabilitation ayant permis d’améliorer les performances de cette infrastructure stratégique. Selon le même responsable, cette montée en puissance contribuera à renforcer l’alimentation en eau potable de la wilaya d’Oran ainsi que de plusieurs wilayas de l’Ouest du pays. À première vue, cette annonce mérite d’être saluée.
Elle confirme les efforts importants consentis ces dernières années par les pouvoirs publics pour faire du dessalement de l’eau de mer le principal rempart contre le stress hydrique. Les investissements engagés dans la réhabilitation des installations existantes, la construction de nouvelles stations, la maintenance des équipements et l’amélioration des rendements traduisent une véritable prise de conscience de l’enjeu stratégique que représente désormais la sécurité hydrique.
Mais derrière cette satisfaction légitime subsiste une interrogation que beaucoup d’Oranais continuent de partager : pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour remettre à niveau un équipement conçu dès l’origine pour produire davantage ? Car la mémoire collective n’a pas oublié les promesses qui avaient accompagné l’inauguration de l’usine d’El Mactaâ en 2012. Présentée alors comme l’une des plus importantes stations de dessalement d’Afrique, avec une capacité théorique déclarée de 500 000 mètres cubes par jour, elle devait tourner définitivement la page des interminables coupures d’eau, des distributions au compte-gouttes et des corvées nocturnes de remplissage de jerricans et de bidons. Beaucoup d’Oranais pensaient que ces scènes appartiendraient rapidement au passé.
Il n’en fut rien. Pendant de longues années, l’usine n’a jamais atteint son plein potentiel. Pannes répétitives, difficultés d’exploitation, défaillances techniques, fuites sur la conduite principale, retards dans les opérations de maintenance et gestion contestée se sont succédé, empêchant l’installation de produire les volumes annoncés. Dès 2021, les autorités avaient d’ailleurs engagé un vaste programme de réhabilitation destiné à récupérer progressivement les capacités initiales de l’usine.
L’eau est pourtant un secteur où l’improvisation se paie immédiatement. La moindre panne, la moindre fuite, le moindre arrêt technique provoquent des perturbations qui affectent des centaines de milliers de citoyens. Les épisodes d’interruption observés ces dernières années lors des opérations de maintenance, aussi indispensables soient-elles, rappellent combien la sécurité hydrique demeure un équilibre fragile. Il faut reconnaître qu’aujourd’hui, le contexte est différent. Le changement climatique réduit les ressources conventionnelles, les barrages connaissent des niveaux de remplissage très variables, tandis que la demande ne cesse d’augmenter sous l’effet de la croissance urbaine, industrielle et touristique.
Dans ces conditions, le dessalement n’est plus un simple complément : il devient le pilier de l’approvisionnement en eau potable. Oran en est probablement l’exemple le plus emblématique. La ville dépend désormais largement de cette ressource non conventionnelle pour assurer son alimentation quotidienne. Cette dépendance impose une exigence nouvelle : celle d’une maintenance permanente, d’une gestion prévisionnelle des équipements et d’une culture de la performance qui ne se limite plus aux seules annonces de mise en service.

Par S.Benali

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