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Les arts visuels à Oran : un événement pour une véritable politique culturelle

Du 11 juillet au 31 août 2026, Oran accueillera une manifestation inédite consacrée aux arts visuels qui ambitionne de transformer la ville en une vaste galerie à ciel ouvert. L’événement, qui mobilisera 24 lieux partenaires dont 13 galeries, deux musées et plusieurs espaces habituellement étrangers aux circuits culturels, constitue sans doute l’une des initiatives artistiques les plus ambitieuses programmées dans la capitale de l’Ouest depuis plusieurs années. Au-delà de la simple succession d’expositions, cette manifestation pose une question essentielle : quelle place la culture et la création contemporaine occupent-elles aujourd’hui dans le développement d’Oran ? La ville n’a jamais manqué d’artistes. Peintres, photographes, sculpteurs, designers et plasticiens y ont trouvé depuis des décennies une source d’inspiration dans son patrimoine, sa lumière méditerranéenne et son brassage culturel. Pourtant, les espaces de diffusion demeurent insuffisants et les initiatives capables de fédérer durablement les acteurs du secteur restent relativement rares. L’intérêt de cet événement réside précisément dans sa volonté de décloisonner l’art. En investissant simultanément des galeries, des musées et des lieux atypiques, les organisateurs semblent vouloir rapprocher les œuvres des citoyens plutôt que d’attendre que le public franchisse spontanément les portes des institutions culturelles. Une démarche qui mérite d’être saluée dans une ville où l’accès à la culture demeure souvent concentré dans quelques équipements emblématiques comme le Musée national Zabana d’Oran ou le Musée d’Art moderne d’Oran. Mais l’enjeu dépasse largement le seul domaine artistique. Car derrière cette célébration des arts visuels se profile une autre interrogation : comment une métropole qui aspire à devenir une destination touristique, universitaire et économique majeure peut-elle négliger le rôle stratégique de la culture dans son attractivité ? Les villes qui rayonnent aujourd’hui à l’échelle internationale ne se distinguent pas uniquement par leurs infrastructures routières, leurs zones industrielles ou leurs complexes commerciaux. Elles cultivent également une identité culturelle forte, capable de produire de l’émotion, de la créativité et du lien social. L’art participe pleinement à cette dynamique.

Dans ce contexte, un événement de près de deux mois consacré aux arts visuels apparaît comme une opportunité de réaffirmer que la culture n’est pas un luxe mais un levier de développement urbain.Encore faudra-t-il que cette manifestation ne demeure pas un rendez-vous isolé. Le véritable défi commencera après le 31 août. Comment capitaliser sur cette dynamique ? Comment accompagner les jeunes artistes ? Comment faire vivre les galeries tout au long de l’année ? Comment intégrer davantage l’art dans l’espace public, les quartiers périphériques et les nouveaux pôles urbains ? Car une ville ne devient pas une capitale culturelle le temps d’un été. Elle le devient lorsqu’elle parvient à faire de la création un élément permanent de son identité. L’événement annoncé pour l’été 2026 constitue donc bien davantage qu’une série d’expositions. Il représente un test grandeur nature pour mesurer la capacité d’Oran à renouer avec son ambition culturelle et à démontrer que l’art peut encore contribuer à façonner l’avenir d’une ville souvent absorbée par les urgences du quotidien. Depuis des années, l’animation culturelle locale est trop souvent réduite à une succession de spectacles musicaux, de concerts et de soirées festives organisées au gré des saisons estivales. Des manifestations qui ont certes leur public et leur utilité en matière de divertissement, mais qui ne sauraient à elles seules constituer une véritable politique culturelle. Chaque été ou presque, les mêmes recettes sont reconduites : scènes éphémères, galas populaires, vedettes du raï, troupes folkloriques et programmes montés dans l’urgence pour occuper l’espace médiatique. Le raï constitue sans conteste un élément majeur du patrimoine oranais. Son inscription sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO en atteste. Mais réduire la vie culturelle d’une métropole de plus d’un million d’habitants à la seule expression musicale, aussi prestigieuse soit-elle, revient à appauvrir considérablement le champ de la création. Le paradoxe est d’autant plus frappant que l’histoire culturelle d’Oran ne se limite ni au raï ni au folklore. La ville possède une riche tradition picturale, architecturale, littéraire et cinématographique. Elle a vu naître des générations d’artistes qui ont contribué à son rayonnement bien au-delà des frontières nationales.

L’événement consacré aux arts visuels pourrait justement marquer une rupture avec cette vision réductrice de la culture. Pour une fois, le regard se porte sur les œuvres, sur les artistes, sur la création plastique, sur la photographie, sur le dialogue entre patrimoine et modernité.
Par S.Benali

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