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Carte scolaire : le nécessaire inventaire de l’ancienne gestion

Parmi les nombreux dossiers qui illustrent les incohérences du vieux mode de gestion et de la planification locale, celui des infrastructures scolaires promises puis abandonnées demeure sans doute l’un des plus pénalisants. Entre 2005 et 2015, des dizaines de projets de CEM et de lycées ont été annoncés ici et là à grand renfort de communiqués, de visites officiels et de déclarations d’intention. Pourtant, des observateurs avisés soulignent qu’un bon nombre de ces établissements n’ont jamais vu le jour, laissant derrière eux des milliers d’élèves confrontés à la surcharge des classes, aux longs déplacements quotidiens et à un déficit chronique en structures éducatives.
L’exemple, récemment remis au goût du jour par la presse locale dans une commune relevant de la daïra d’Aïn El Turck illustre parfaitement cette situation. Un projet de réalisation d’un CEM, inscrit dans les programmes d’équipement de 2014, devait répondre aux besoins croissants d’une population scolaire en forte augmentation. Aujourd’hui, douze années plus tard, le projet semble avoir disparu des priorités administratives sans qu’aucune explication officielle n’ait été apportée aux habitants. Les élèves concernés continuent ainsi de parcourir plusieurs kilomètres jusqu’au chef-lieu de daïra pour poursuivre leur scolarité, avec toutes les contraintes que cela implique pour les familles. Le même constat s’applique au projet de lycée annoncé la même année dans la commune d’Aïn El Turck.
Présenté comme une réponse urgente à la pression démographique, l’établissement devait être réalisé pour une enveloppe de près de 25 milliards de centimes et dans des délais relativement courts. Aujourd’hui, cette infrastructure figure toujours dans la longue liste des promesses non concrétisées. Ni les raisons de l’abandon du projet, ni son éventuelle réinscription n’ont été clairement exposées à l’opinion publique.
Au-delà de ces cas particuliers, c’est toute la question de la gestion de la carte scolaire qui mérite d’être posée. Comment expliquer que des projets officiellement annoncés, parfois même déclarés inscrits dans des programmes de développement, disparaissent ensuite des radars administratifs sans la moindre communication ? Comment justifier l’absence de visibilité sur des équipements pourtant essentiels à l’équilibre territorial et à l’amélioration des conditions de scolarisation ? Pendant ce temps, les établissements existants continuent de supporter une pression croissante. Dans plusieurs quartiers urbains et communes périphériques, les classes surchargées et l’éloignement des structures éducatives sont devenus dans certains endroits une réalité quotidienne. Les conséquences sont connues : baisse de la qualité pédagogique, fatigue des élèves et aggravation des disparités entre territoires.
Il serait d’ailleurs particulièrement instructif qu’un bilan exhaustif soit établi sur l’ensemble des projets scolaires annoncés entre 2005 et 2015 dans la wilaya. Combien de CEM et de lycées ont effectivement été réalisés dans les délais annoncés? Combien ont été reportés, gelés ou purement et simplement abandonnés ? Quels montants financiers avaient été initialement réservés à ces opérations ? Autant de questions qui demeurent sans réponse.
Derrière ces infrastructures absentes car non réalisées, se cache une réalité bien concrète : celle de générations d’élèves contraintes de subir les conséquences d’une planification hésitante et d’effets d’annonce qui, au fil des années, ont souvent davantage alimenté les espoirs que produit des réalisations tangibles.
Dans un contexte de croissance démographique continue, le déficit en établissements scolaires n’est plus seulement un problème d’équipement ; il constitue désormais un véritable enjeu d’équité territoriale et de service public.
Par S.Benali

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