Ligne d’autobus Oran-Andalouses : une expérience à prolonger au-delà de l’été
L’annonce de la mise en service d’une nouvelle ligne saisonnière d’autobus reliant Oran à la plage des Andalouses a été accueillie avec satisfaction par de nombreux estivants. Il faut reconnaître que cette initiative répond à un besoin réel. Chaque été, des milliers de familles oranaises se heurtent aux mêmes difficultés pour accéder aux plages de la corniche ouest : embouteillages interminables, rareté des places de stationnement, coût élevé du transport privé et insuffisance des dessertes publiques.
La mobilisation de huit autobus de grande capacité, exploités conjointement par l’Entreprise de transport urbain d’Oran (ETO) et l’Entreprise de transport de voyageurs de l’Ouest (ETVO), constitue donc une mesure utile. Plus encore, elle démontre que le renouvellement récent du parc de transport public, grâce à l’acquisition d’une centaine de nouveaux autobus, peut enfin produire des effets concrets au bénéfice des citoyens.
Cette nouvelle desserte vers les Andalouses n’est pas la première tentative visant à améliorer la mobilité estivale vers le littoral ouest. Les Oranais se souviennent d’un projet qui avait suscité beaucoup d’enthousiasme mais aussi de fortes polémiques: la fameuse navette maritime reliant le port d’Oran à la plage des Dunes à Aïn El Turck. L’idée paraissait séduisante. Elle permettait d’éviter les interminables bouchons de la route de la Corniche, de redécouvrir la baie d’Oran sous un autre angle et d’offrir une alternative moderne aux déplacements routiers. L’expérience avait même bénéficié d’une importante couverture médiatique lors de son lancement. Pourtant, après une seule saison estivale, la navette maritime allait disparaître aussi discrètement qu’elle était apparue. Aucun bilan détaillé n’a véritablement été rendu public. Comme bien d’autres initiatives locales, le projet est venu enrichir la liste des expérimentations sans lendemain.
C’est précisément là que réside l’interrogation principale concernant la nouvelle ligne de bus vers les Andalouses.
S’agit-il d’une véritable politique de mobilité durable ou d’une simple opération saisonnière destinée à répondre à une urgence estivale ? L’histoire récente des transports à Oran montre que les solutions provisoires ont souvent tendance à le rester. Dans ce contexte, la réussite de la ligne des Andalouses ne se mesurera pas uniquement au nombre de passagers transportés durant les mois de juillet et d’août. Le véritable défi sera justement sa capacité à survivre à la saison estivale. Le directeur des transports a d’ailleurs laissé entendre que la ligne pourrait être maintenue après l’été en fonction de la demande. Car les Andalouses et Ain El Turk ne sont pas seulement une destination balnéaire. Elles constituent également un pôle urbain et touristique, hôtelier et de loisirs fréquenté tout au long de l’année. Une liaison régulière et fiable pourrait contribuer à réduire l’usage de la voiture individuelle et à améliorer l’accessibilité de toute la corniche ouest.
Encore faut-il que l’expérience soit évaluée sérieusement, que les horaires soient respectés, que le niveau de qualité du service soit maintenu et que les opérateurs disposent des moyens nécessaires pour assurer la continuité de l’exploitation.La navette maritime Oran-Aïn El Turck avait souffert d’un défaut majeur : elle avait été pensée comme une sorte d’événement estival porteur de prestige.
Une politique de transport, au contraire, doit être conçue comme un service public durable. Aujourd’hui, cette ligne de bus vers les Andalouses dispose d’atouts réels : un parc d’autobus renouvelé, un besoin clairement identifié et une clientèle potentielle importante. Reste à savoir si elle connaîtra un destin différent de celui de la navette maritime.
Par S.Benali