
Douanes d’Oran : le grand virage du numérique
À l’ouest du pays, très précisément dans la wilaya d’Oran, la plateforme douanière confirme, année après année, son rôle pivot dans la régulation des échanges commerciaux et des flux humains.
Les données relatives à l’exercice 2025 mettent en évidence une dynamique particulièrement soutenue, révélatrice d’un secteur en pleine recomposition. Avec près de 47 919 déclarations enregistrées, contre un peu plus de 31 000 en 2024, la progression dépasse les 36 %, traduisant une intensification notable des opérations de dédouanement.
Cette croissance ne relève pas uniquement d’un effet conjoncturel. Elle s’inscrit dans un mouvement de fond, lié à la transformation des méthodes de travail et à la modernisation progressive des structures administratives.
L’activité douanière devient ainsi un indicateur clé de la vitalité économique régionale, reflétant à la fois l’évolution des importations, la fluidité des exportations et l’ampleur des échanges commerciaux transitant par les infrastructures d’Oran. Dans ce contexte, les opérateurs économiques bénéficient d’un environnement plus réactif, où les délais de traitement tendent à se réduire, facilitant la circulation des marchandises et contribuant à améliorer la compétitivité globale.
L’un des principaux leviers de cette transformation réside dans la digitalisation accélérée des procédures. L’introduction de plateformes électroniques et de systèmes informatisés a profondément modifié le fonctionnement interne des services douaniers. Désormais, une grande partie des formalités s’effectue de manière dématérialisée, réduisant considérablement les interactions physiques et limitant les risques d’erreurs ou de manipulations frauduleuses. Cette transition numérique a également permis d’instaurer une meilleure traçabilité des opérations. Chaque déclaration, chaque transaction est enregistrée et suivie en temps réel, offrant une visibilité accrue sur les flux et renforçant la transparence des échanges. Ce gain en efficacité se traduit directement par une amélioration de la qualité du service rendu aux usagers. Le dynamisme observé ne se limite pas aux marchandises. Le trafic des voyageurs connaît lui aussi une expansion significative. En 2025, près de 1,92 million de passagers ont transité par les points de contrôle douaniers d’Oran, contre 1,43 million l’année précédente. Cette progression de 33 % illustre à la fois la reprise des déplacements internationaux et l’attractivité croissante de la région. Dans le même temps, les flux financiers déclarés ont connu une évolution notable. Le nombre de déclarations a franchi les 32 955 opérations, pour un montant global estimé à 139 millions de dollars et d’euros. Cette hausse reflète un renforcement des mécanismes de contrôle et une meilleure intégration des flux monétaires dans les circuits réglementés.
Une riposte renforcée contre les trafics
L’intensification des échanges s’accompagne inévitablement de tentatives accrues de fraude et de contrebande. Face à cette réalité, les services douaniers ont renforcé leurs dispositifs de surveillance et multiplié les opérations de contrôle. L’année 2025 a ainsi été marquée par des saisies importantes, révélant l’ampleur des réseaux illicites opérant dans la région. Parmi les opérations les plus marquantes figurent l’interception de dizaines de véhicules, la saisie de plus de 12 kilogrammes de cocaïne et la découverte de plus de 637 000 comprimés psychotropes. Ces chiffres témoignent de la diversité des trafics et de la complexité des circuits clandestins. Les marchandises de consommation ne sont pas épargnées. Les services ont mis la main sur près d’un million de produits cosmétiques, un volume équivalent d’accessoires téléphoniques, ainsi que plus de 1 600 téléphones portables et des dizaines de milliers de capsules de compléments alimentaires. À cela s’ajoutent plusieurs milliers de cartouches de cigarettes destinées à alimenter des réseaux de revente illicite à l’étranger. Les méthodes utilisées par les contrevenants deviennent de plus en plus sophistiquées. Les produits sont dissimulés dans des compartiments aménagés, parfois indétectables sans équipements spécialisés. Toutefois, grâce à la coordination entre les différents corps de sécurité et à l’utilisation de technologies de pointe, de nombreuses tentatives ont pu être déjouées. La valeur globale des saisies a atteint 4,8 milliards de dinars en 2025, en hausse de 19 % par rapport à l’année précédente. Ce chiffre confirme l’efficacité croissante des dispositifs de lutte contre la fraude.
Le premier trimestre de l’année 2026 présente un tableau plus nuancé. Le trafic des voyageurs a enregistré une légère contraction, avec environ 404 000 passagers, contre 413 000 à la même période en 2025. Cette baisse, estimée à 2 %, est principalement liée à des perturbations climatiques ayant affecté les liaisons maritimes et aériennes, entraînant retards et annulations. Malgré ce recul ponctuel, les autres indicateurs demeurent orientés à la hausse. Les opérations de dédouanement de véhicules ont connu une progression spectaculaire, atteignant plus de 5 179 unités, contre 2213 une année auparavant, soit une hausse de 134 %. Cette évolution traduit une reprise soutenue du marché automobile et une augmentation des importations dans ce segment. De même, le nombre de déclarations douanières enregistrées au cours de cette période a progressé de 48 %, atteignant 15 722 opérations. Cette tendance confirme la continuité de la dynamique enclenchée en 2025. Les infractions relevées ont également connu une légère hausse, avec près de 2 888 cas recensés. Cette augmentation s’explique en grande partie par l’amélioration des capacités de détection, rendue possible par l’intégration d’outils numériques performants.
Des infrastructures au cœur des enjeux
Parallèlement à cette évolution des indicateurs, les autorités douanières accordent une attention particulière au développement des infrastructures. Plusieurs visites de terrain ont été effectuées afin d’évaluer l’état des installations portuaires et des terminaux à conteneurs, considérés comme des points névralgiques du commerce extérieur. Le déploiement de scanners de nouvelle génération constitue l’un des axes prioritaires.
Ces équipements permettent d’inspecter rapidement les cargaisons, tout en garantissant un niveau de sécurité élevé. Leur utilisation contribue à fluidifier les opérations, en réduisant les délais d’attente sans compromettre l’efficacité des contrôles.
Un projet structurant illustre cette volonté de modernisation : la construction d’un nouveau siège pour les services douaniers dans la commune d’El Kerma, à proximité de la route nationale n°4. Ce chantier vise à regrouper plusieurs services dans un même espace, afin d’améliorer la coordination et les conditions de travail.
Particularité de ce projet, il s’inscrit dans une démarche de valorisation des biens saisis dans le cadre de la lutte contre la corruption. Cette réaffectation permet de transformer des ressources issues d’activités illicites en investissements utiles au développement des institutions publiques.
Une transformation durable en marche
Au-delà des chiffres, les résultats enregistrés traduisent une mutation profonde du secteur douanier.
La digitalisation, désormais au cœur des stratégies, apparaît comme un levier incontournable pour améliorer la performance globale. Elle permet non seulement d’accélérer les procédures, mais aussi de renforcer la transparence et de limiter les pratiques frauduleuses. Cette transformation s’inscrit dans une vision à long terme, visant à adapter les services douaniers aux exigences d’un commerce international en constante évolution. Dans un contexte marqué par la mondialisation des échanges et la complexification des flux, la capacité d’adaptation devient un enjeu majeur. La wilaya d’Oran se positionne ainsi comme un laboratoire de modernisation, où les réformes engagées produisent des produits tangibles.
Entre la montée en puissance des outils numériques, le renforcement des contrôles et le développement des infrastructures, la douane locale s’impose comme un acteur clé de la régulation économique et de la sécurisation des échanges.
Reportage réalisé par Yacine Redjami



