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Saisie de viande avariée mise en vente : autopsie d’un vrai scandale

La saisie, il y a quelques jours à Bir El Djir, de près de trois tonnes de viandes rouges, blanches et d’abats impropres à la consommation et destinés à alimenter le marché local, a naturellement suscité l’indignation des habitants. Les services de police ont également découvert une substance chimique utilisée pour masquer les mauvaises odeurs de la viande, preuve que l’on ne se trouvait pas face à une simple négligence mais devant un système organisé de tromperie et d’escroquerie criminelle. L’information a provoqué les effets habituels : la colère affichée quelques heures par des commentaires sur les réseaux sociaux, des appels à des sanctions exemplaires, puis l’actualité est passée à autre chose.
Pourtant, cette affaire mérite une réflexion bien plus profonde. Car la véritable question n’est pas de savoir comment près de trois tonnes de viande impropre à la consommation ont été découvertes. Elle est aussi et surtout de savoir combien d’autres ne le sont pas. Il est vrai que chaque saisie spectaculaire rassure autant qu’elle inquiète. Elle rassure parce qu’elle démontre que les services de contrôle accomplissent leur mission. Mais elle inquiète parce qu’elle révèle l’existence d’un système d’économie parallèle capable de stocker, transporter et distribuer des quantités industrielles de denrées alimentaires avariées ou périmées sans respecter la moindre règle sanitaire. Le consommateur découvre ainsi qu’il ne suffit plus de choisir une boucherie propre ou un commerce réputé. Toute la chaîne d’approvisionnement devient suspecte et peut être contaminée bien avant sa mise sur les étals. Le phénomène n’est d’ailleurs pas nouveau. Depuis plusieurs années, chaque été apporte son lot de saisies de viandes avariées, de produits périmés, de chambres froides clandestines ou de commerces fermés pour insalubrité. Les chiffres changent, les lieux aussi.
Le scénario, lui, reste étonnamment identique. On ne distribue pas trois tonnes de viande clandestinement comme on écoule quelques kilogrammes d’abats au marché du quartier. Le problème dépasse donc largement le simple commerce frauduleux. Il touche à la confiance, poussant le citoyen à douter de tout : de la qualité de la viande, de l’origine des produits, des conditions de transport, du respect de la chaîne du froid, voire même de la fiabilité des dates de péremption. Ce climat de suspicion finit par pénaliser également les professionnels honnêtes qui investissent dans des équipements conformes, respectent les normes sanitaires et supportent des coûts bien supérieurs à ceux des fraudeurs.La concurrence devient alors profondément déloyale. Celui qui triche vend moins cher. Celui qui respecte les règles paraît plus cher. Le consommateur, étranglé par la baisse du pouvoir d’achat, choisit souvent le prix avant de pouvoir vérifier la qualité. Et c’est là que réside le véritable danger social. La précarité économique finit parfois par devenir un allié involontaire des réseaux frauduleux. Lorsque nourrir une famille devient une préoccupation quotidienne, l’origine exacte d’un produit passe souvent au second plan. Or, une intoxication alimentaire ne distingue ni les revenus ni les quartiers.
L’affaire de Bir El Djir devrait donc ouvrir un débat beaucoup plus large. Dans de nombreux pays, le consommateur connaît l’origine exacte du produit qu’il achète. Il peut consulter les résultats des inspections sanitaires, identifier les établissements fermés ou sanctionnés et exercer ainsi un véritable pouvoir citoyen.
Vendre sciemment une viande impropre à la consommation ne relève pas simplement de la fraude commerciale. C’est accepter de mettre en danger la santé, parfois la vie, d’enfants, de personnes âgées ou de familles entières pour quelques dinars supplémentaires. Il ne s’agit alors plus seulement d’une infraction aux règles commerciales . Il s’agit d’une faillite éthique et morale d’une frange de la société où certains considèrent que tout peut se vendre, même lorsque cela menace directement la santé publique. Les efforts et la vigilance des services de contrôle et de sécurité mérite d’être saluée. Car, en matière d’alimentation, la confiance est un bien aussi précieux que la santé. Une fois perdue, elle est infiniment plus difficile à reconstruire que n’importe quelle chaîne du froid.

Par S.Benali

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