Oran Aujourd'hui

Lutte sans répit contre les réseaux de narcotrafiquants

Lutte sans répit contre les réseaux de narcotrafiquants

Il y a des chiffres qui, à eux seuls, devraient suffire à provoquer un véritable électrochoc. Ceux révélés la semaine dernière à Oran et dans plusieurs régions du pays sont de ceux-là. Des centaines de milliers, voire des millions de comprimés psychotropes, des dizaines de kilogrammes de cocaïne, des réseaux transnationaux, des sociétés fictives, des comptes bancaires utilisés pour recycler l’argent sale et des dizaines de biens immobiliers acquis grâce aux revenus de la criminalité organisée.
À Oran, les opérations menées récemment par les différents services concernés sont venues confirmer, une nouvelle fois, l’ampleur prise par le narcotrafic. Les saisies de plus de 870.000 comprimés hallucinogènes et de 5,378 kg de cocaïne, réalisées avec la participation des services des Douanes, de la police et d’une unité de l’Armée nationale populaire, témoignent de l’importance des filières auxquelles les services de sécurité sont désormais confrontés. Mais l’affaire la plus révélatrice est peut-être celle du réseau spécialisé dans le blanchiment d’argent, la fraude fiscale et le recyclage de fonds suspects, démantelé par le Service régional de lutte contre la criminalité organisée de la Sûreté de wilaya d’Oran.
Quatorze personnes ont été arrêtées et les investigations ont mis au jour un système particulièrement sophistiqué : 33 sociétés fictives auraient été créées pour exploiter leurs comptes bancaires et blanchir plus de 7.380 milliards de centimes.
Vingt-neuf biens immobiliers, entre boutiques, appartements et terrains, ont également été récupérés, tandis que la valeur globale des fonds et biens saisis dépasse 62 milliards de centimes. Derrière ces chiffres vertigineux se dessine une réalité que l’on ne peut plus réduire à quelques revendeurs opérant dans les quartiers populaires. Le trafic de drogue est devenu une véritable économie clandestine, avec ses financiers, ses transporteurs, ses intermédiaires, ses sociétés-écrans et ses circuits de blanchiment. Et pendant que les enquêteurs d’Oran remontent ces filières financières, d’autres services frappent les réseaux d’approvisionnement. La coordination entre les services de sécurité de l’ANP relevant des 1re et 3e Régions militaires a ainsi permis le démantèlement d’un réseau spécialisé dans le narcotrafic, avec l’arrestation de cinq individus et la saisie de plus de 86 kg de cocaïne et de 1.049.300 comprimés psychotropes soigneusement dissimulés dans des véhicules.
Le 11 août, la Gendarmerie nationale annonçait de son côté le démantèlement de deux réseaux criminels transfrontaliers et la saisie de près de 1,8 million de comprimés de prégabaline 300 mg. Ces opérations successives sont évidemment à saluer. Elles démontrent une mobilisation soutenue des services de sécurité, une meilleure coordination entre les différents corps et, surtout, une capacité à s’attaquer non seulement aux petits maillons, mais également aux structures organisées qui se cachent derrière le trafic.
Les précédentes saisies réalisées à Oran, notamment de cocaïne et de psychotropes, montrent d’ailleurs que cette vigilance ne date pas d’hier. Mais ces succès sécuritaires posent paradoxalement une question insidieuse inquiétante : Si les quantités saisies sont aussi importantes, combien de marchandises échappent encore aux contrôles ? Oran, de par sa position géographique, son activité portuaire, ses axes routiers et sa proximité avec l’ouest maghrébin, constitue forcément un espace particulièrement convoité par les réseaux criminels.
La proximité du Maroc, longtemps présenté comme l’un des principaux producteurs mondiaux de résine de cannabis, constitue également un facteur géographique qui impose une vigilance particulière sur les filières de trafic. Mais il serait réducteur de considérer que le phénomène se résume au kif traité. La cocaïne et surtout les psychotropes occupent désormais une place préoccupante dans cette économie criminelle. Le plus grave est peut-être ailleurs : dans les conséquences sociales de cette offensive silencieuse. Car derrière chaque saisie, il y a des consommateurs potentiels, des familles fragilisées, des jeunes exposés, des parcours scolaires brisés et parfois des vies définitivement déviées. La réponse sécuritaire est indispensable.
Elle doit même être renforcée. Mais elle ne saurait, à elle seule, gagner cette bataille. La prévention dans les établissements scolaires, l’action des familles, le rôle de la mosquée, l’accompagnement des jeunes et la lutte contre les mécanismes de blanchiment doivent constituer les autres fronts d’une même stratégie. Car le narcotrafic ne cherche pas seulement à vendre de la drogue. Il cherche à acheter de l’influence, à infiltrer l’économie réelle et à transformer l’argent criminel en pouvoir. Les saisies spectaculaires de ces derniers jours montrent que les services de l’État ont décidé de ne pas lui laisser le champ libre. C’est rassurant. Mais la véritable victoire ne sera pas seulement de saisir des tonnes de produits ou des milliards de centimes. Elle consistera à empêcher que cette économie souterraine ne trouve, demain, les moyens de s’enraciner dans la société. Une ville ne se défend pas seulement contre ceux qui veulent lui prendre ses rues. Elle doit aussi se défendre contre ceux qui veulent prendre l’avenir de sa jeunesse.
— Par S.Benali

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