Constructions illicites : une bataille vitale pour l’aménagement du territoire
Depuis quelque temps, plusieurs opérations de démolition ont été menées à travers les communes oranaises, illustrant à la fois la détermination des autorités locales et l’ampleur persistante du phénomène des constructions illicites. Elles montrent surtout que le problème ne se limite pas à quelques baraques illicites isolées, mais touche aussi bien le littoral, les terres agricoles que les zones périurbaines. L’une des opérations les plus médiatisées a concerné le site côtier d’Aïn Franine, où une quarantaine de constructions illicites ont été récemment démolies.
Cette intervention visait à récupérer un espace littoral particulièrement sensible, convoité depuis des années par les «adeptes» des constructions anarchiques et des extensions illégales. Un dossier devenu emblématique car Aïn Franine est régulièrement présenté comme l’un des plus beaux sites côtiers de la wilaya, et l’un des plus touchés par les occupations illicites du domaine public maritime. On se souvient qu’en février 2025, une vaste opération a conduit à la démolition de 63 constructions illégales vacantes ainsi que 32 fondations en cours de réalisation. Les autorités locales avaient alors évoqué et dénoncé sur le site Officiel de la wilaya un phénomène de spéculation foncière et de commerce illégal de lots terrains.
Une affaire qui était révélatrice d’une nouvelle forme d’urbanisation clandestine : des constructions édifiées non pas pour l’habitat immédiat mais pour être revendues ultérieurement, créant de véritables lotissements parallèles en dehors de toute planification urbaine. La daïra d’Aïn El-Turck reste aujourd’hui l’un des principaux foyers du phénomène. Plusieurs opérations de démolition de constructions illicites par dizaines y ont été menées notamment à Bousfer et à El Ançor. Des démolitions, bien qu’indispensables, qui n’ont pas encore permis d’éradiquer durablement le phénomène.
Les opérations de démolition menées ces dernières années, notamment sur les sites balnéaires, à Aïn Franine, El Ançor, Bousfer, Ain El turk et dans les communes telles que Hassi Bounif , Ben Fréha témoignent incontestablement de la volonté des autorités locales de faire respecter la loi et de préserver les espaces menacés par l’urbanisation anarchique. Ces interventions permettent il est vrai de récupérer des assiettes foncières stratégiques, de protéger les terres agricoles, le littoral et les réserves foncières destinées aux équipements publics.
Cependant, la récurrence de ces opérations révèle aussi les limites d’une approche essentiellement curative. À peine des constructions illicites sont-elles démolies que de nouvelles apparaissent ailleurs, profitant souvent de l’absence de contrôle permanent, de la pression foncière, de la spéculation et parfois des lenteurs administratives. Cette situation traduit l’existence d’un phénomène profondément enraciné qui continue de défier les politiques d’aménagement du territoire et de compromettre les efforts de planification urbaine. Chaque opération de démolition de constructions illicites constitue certes une victoire des autorités locales concernées.
Mais il faut admettre qu’il ne s’agit encore que de victoires ponctuelles face à une répétition inlassable d’un phénomène qui pénalise la bataille pour un aménagement harmonieux des territoires oranais.
La véritable réussite ne se mesurera pas seulement au nombre de constructions détruites, mais surtout à la capacité des pouvoirs publics à prévenir durablement leur apparition grâce à une meilleure maîtrise du foncier, à un contrôle plus efficace du territoire et à une offre urbanistique capable de répondre aux besoins réels des citoyens.
Par S.Benali