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Le 8 mai 1945 commémoré en présence d’une ministre français : un premier pas vers le dégel entre Alger et Paris

La commémoration du 8 mai à Sétif et les déclarations de responsables français rappellent que l’histoire ne peut être ignorée ni effacée. Elle doit être acceptée avec ses joies et ses peines, pour que la mémoire commune ne soit pas un obstacle, mais un pont vers une coexistence pacifique et respectueuse.

La ministre française déléguée aux Armées et Anciens combattants, Alice Rufo, a déclaré vendredi lors de sa participation à la cérémonie de commémoration du 81e anniversaire des massacres du 8 mai 1945 à Sétif : « il faut faire preuve de courage pour regarder l’histoire en face telle qu’elle s’est réellement déroulée, dans le respect de la Mémoire de l’Algérie ». Accompagnée de l’ambassadeur de France en Algérie, elle a déposé une gerbe de fleurs devant la stèle commémorative de ces massacres. Pour rappel, « la marche de la Mémoire et de la fidélité » a été organisée vendredi à Sétif, à l’occasion de la journée nationale de la Mémoire, pour rendre hommage aux massacres du 8 mai 1945, perpétrés par la colonisation française contre des manifestants algériens à Sétif, Guelma et Kherrata (Béjaia).
Cette participation aux commémorations, de même que le retour de l’ambassadeur français à son poste à Alger, sont assimilés à une volonté de désescalade dans les tensions entre les deux pays. L’ancien ministre français de l’Intérieur a fortement pollué le climat entre les deux pays en multipliant des gestes d’agression caractérisés à l’encontre de citoyens algériens établis en France et même des fonctionnaires de l’ambassade d’Algérie à Paris. La visite du président français à Alger, en août 2022 initialement présentée comme un pas vers le renouveau des relations, a été suivie par une série de controverses.
L’acharnement de certains courants de la droite française, en particulier de figures issues de l’extrême droite, contre l’Algérie, témoigne d’une volonté de briser toute relation entre les deux pays. Ces factions continuent de défendre une vision déformée de l’histoire, rejetant toute forme de reconnaissance de la responsabilité française dans les crimes commis en Algérie. Leur discours, souvent teinté de nostalgie pour l’époque coloniale, alimente un climat de tension et d’hostilité, empêchant toute véritable avancée vers une réconciliation sincère. Ce combat idéologique s’inscrit dans un contexte où la France doit également faire face à ses propres défis internes, notamment une classe politique parfois fragmentée et peu encline à assumer ses responsabilités historiques.
Malgré ces tensions, il semble que les deux nations se dirigent vers un possible retour à des relations plus apaisées. Les efforts diplomatiques, bien que parfois entravés par des positions radicales, témoignent d’une volonté partagée de dépasser le passé conflictuel pour envisager un avenir commun.
La reconnaissance progressive de certains faits historiques, comme la déclaration d’Alice Rufo, pourrait ouvrir la voie à un dialogue renouvelé. Toutefois, cette évolution nécessite un réel ménage intérieur en France, avec une clarification des positions politiques et une lutte contre l’extrême droite colonialiste, qui menace de faire obstacle à toute avancée. La mémoire collective doit être abordée avec honnêteté et responsabilité, plutôt que par des discours démagogiques ou des tentatives de minimisation. La sincérité dans la reconnaissance des responsabilités est un pas essentiel vers la réconciliation, qui profiterait non seulement aux deux nations, mais aussi à la stabilité régionale et à la construction d’un dialogue basé sur le respect mutuel.
La commémoration du 8 mai à Sétif et les déclarations de responsables français rappellent que l’histoire ne peut être ignorée ni effacée. Elle doit être confrontée avec courage et humilité, pour que l’Algérie et la France puissent envisager un avenir où la mémoire ne serait pas un obstacle, mais un pont vers une coexistence pacifique et respectueuse. La route est encore longue, mais le dialogue et la volonté politique restent les clés d’un rapprochement durable, à condition que la France accepte de faire le ménage dans ses propres rangs et de tourner la page avec sincérité.

Yahia Bourit

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