Oran Aujourd'hui

Institut National du Cancer : un projet stratégique pénalisé par les retards

Le projet de l’Institut national du cancer (INC) d’Oran est devenu, à son tour, l’un de ces grands projets publics au long cours, marqués par l’accumulation des retards et les contraintes structurelles qui freinent leur concrétisation. Inscrit en 2015 dans le cadre du Plan national de lutte contre le cancer, ce projet stratégique devait initialement être lancé en 2016.Mais le démarrage effectif des travaux n’est intervenu qu’en 2018, après l’achèvement tardif des études techniques et le choix définitif du site d’implantation, dans la commune de Sidi El Chahmi.
À l’époque, la durée de réalisation annoncée était de quatre années, avec une livraison prévue pour le début de l’année 2022. Mais le chantier n’a jamais réellement suivi le calendrier initial. Plusieurs facteurs expliquent ces retards successifs, notamment les répercussions de la pandémie de Covid-19 sur les chantiers, des difficultés logistiques persistantes, ainsi que les contraintes liées à l’acquisition et à l’installation d’équipements médicaux lourds et hautement spécialisés.Il faut rappeler que l’INC d’Oran ne constitue pas un simple établissement hospitalier. Le projet est conçu comme un véritable pôle hospitalo-scientifique intégré, regroupant des activités de soins spécialisés, de chirurgie oncologique, de radiothérapie, mais également de recherche médicale et de formation. À partir de 2022, plusieurs tentatives de relance et de dynamisation des travaux ont été engagées afin de rattraper les retards accumulés.
Toutefois, les résultats sont restés limités. En mars 2023, le taux d’avancement des travaux de construction atteignait à peine 65 %. Malgré les injonctions répétées des autorités locales pour accélérer le rythme du chantier, ce taux ne dépassait guère 75 % en 2025. Le projet semble certes progresser, mais toujours avec un important décalage par rapport aux délais contractuels. Durant l’année 2025, le taux d’avancement global aurait atteint environ 82 %, poussant certains responsables à annoncer une entrée dans la phase finale des travaux et une livraison « dans un délai de six mois ».
Pourtant, sur le terrain, les retards persistent et les contraintes continuent de s’accumuler, malgré les inspections et les visites de chantier répétées. De leur côté, les autorités locales n’ont jamais caché leur mécontentement face à cette situation. La semaine dernière encore, le wali d’Oran, en visite d’inspection de ce projet, a exprimé ouvertement sa préoccupation et sa colère, évoquant des dysfonctionnements accumulés depuis plusieurs années, mais également des manquements contractuels imputés à l’entreprise chargée de la réalisation.
Des mises en demeure auraient même été adressées à cette dernière, avec la possibilité d’une résiliation du contrat en cas de non-respect des engagements et des délais fixés. Il faut également reconnaître que ce projet stratégique, destiné à renforcer la prise en charge des patients atteints de cancer dans l’Ouest du pays, se heurte à des contraintes techniques particulièrement complexes. L’installation d’équipements lourds , IRM, accélérateurs linéaires, dispositifs de radiothérapie — nécessite des infrastructures spécifiques ainsi qu’une alimentation électrique de forte puissance. À cela s’ajoutent des difficultés organisationnelles, administratives et financières, notamment liées aux réévaluations budgétaires intervenues en cours de réalisation. Aujourd’hui, selon des sources proches du dossier, l’achèvement des travaux de bâtiment pourrait intervenir vers la fin de l’année 2026, tandis que la mise en service effective de l’institut ne serait envisageable, dans le meilleur des cas, qu’à la fin du premier semestre 2027. Soit près de neuf années après le lancement effectif du projet.
Un délai considérable pour une infrastructure présentée, depuis son annonce, comme un maillon essentiel du dispositif national de lutte contre le cancer.
Mais face aux lenteurs et aux échéances sans cesse repoussées, beaucoup finiront sans doute par se contenter de la vieille consolation : mieux vaut tard que jamais!.
Par S.Benali

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