La tour de Châteauneuf : un héritage encombrant en attente de décision
Une récente visite du wali sur le site de la tour-carcasse dite «Hôtel Châteauneuf», mitoyenne du Palais du Bey, non loin de la place du 1er Novembre, a, une fois de plus, ravivé une lueur d’espoir quant au règlement de cette plaie urbaine qui nargue le regard des Oranais et des visiteurs depuis déjà un demi-siècle.
Selon des journalistes présents, un projet d’aménagement et de finition du projet serait en voie de lancement et ne dépendrait désormais que de l’approbation du ministère des Finances, appelé à se prononcer sur le dégel des crédits nécessaires au financement des travaux. Le wali aurait lui-même procédé à une inspection de cette imposante charpente en béton, élevée sur plusieurs étages et destinée, à l’origine, à accueillir un hôtel, un projet resté inachevé depuis les années 1970.
Plus de trois décennies plus tard, sur instructions de l’ancien président de la République aujourd’hui défunt, cette carcasse a été affectée à la commune d’Oran, avec l’ambition d’en faire un siège administratif. Il convient de rappeler que ce projet, initialement conçu comme un établissement hôtelier haut de gamme, avait été bloqué à la suite de l’intervention des services du ministère de la Culture et d’acteurs de la société civile, qui dénonçaient vivement l’implantation d’un hôtel sur ce site historique de Châteauneuf, lequel devait être restauré et préservé. Ce site abrite en effet le célèbre Palais du Bey, ainsi que de nombreux vestiges architecturaux, visibles ou enfouis, remontant parfois à la période médiévale.
Malgré ces réserves, l’APC d’Oran s’est engagée, dès 2010, dans des tentatives répétées de lancement d’un projet visant à transformer l’ex-Hôtel Châteauneuf en nouveau siège administratif communal. Une offre d’étude, accompagnée d’esquisses, avait même été élaborée et présentée en 2011 par un bureau d’études étranger avant d’être rejetée par la Commission nationale des marchés. Les responsables de l’époque avaient alors annoncé le lancement d’un nouvel appel d’offres.
Dans les faits, aucune proposition sérieuse et crédible n’a pu émerger pour ce projet, entravé dès le départ par de multiples contraintes techniques, juridiques, administratives et patrimoniales. Des tentatives de concession de la structure à un opérateur public u privé, susceptibles d’y développer une infrastructure, ont également échoué. Il est rapidement apparu que nul, pas même de grands groupes industriels, ne souhaitait s’engager dans un investissement aussi sensible, susceptible de porter atteinte à l’histoire et à la mémoire de la ville, notamment celle de Sidi El Houari. Ainsi, la tour-carcasse de Châteauneuf s’apprête à franchir le cap de sa cinquantième année d’abandon et d’inutilité. Sa proximité immédiate avec le Palais du Bey plaide pourtant pour une réflexion renouvelée sur son devenir urbain. Face aux impératifs de préservation des sites historiques, nombre d’élites oranaises ont même évoqué l’option de sa démolition.
D’autres, en revanche, continuent de défendre l’idée d’un projet hôtelier ou administratif, sans toujours mesurer l’impact des flux de visiteurs ni les contraintes d’accessibilité inhérentes à un site aussi sensible et patrimonial.
Par S.Benali