Le bidonville illicite ne doit plus apparaître comme une voie d’accès à un logement neuf
La lutte contre les constructions illicites figure, depuis plusieurs années déjà, en tête des priorités affichées par les autorités locales. Sur le terrain pourtant, le constat reste implacable : le phénomène de l’habitat précaire, édifié en marge de toute réglementation, continue de proliférer au cœur même du tissu urbain.
Alimenté par une pression persistante sur le logement et des circuits informels bien rodés, il échappe encore aux tentatives d’éradication. Samedi dernier, une nouvelle opération de démolition a été menée sur la façade maritime, le long de la nouvelle pénétrante menant au port d’Oran. Ciblant une demi-douzaine de baraques érigées sans autorisation sur le domaine public, l’intervention, conduite par les services communaux appuyés par la sûreté nationale, se veut un signal fort.
Mais ces constructions illicites, implantées dans ce qui devrait constituer une vitrine urbaine stratégique, traduisent moins une simple infraction qu’un système bien rodé: Celui d’un marché parallèle où des parcelles sont occupées, aménagées sommairement, puis louées ou revendues à des familles en quête d’un hypothétique relogement. Le « recasement » devient alors un horizon, sinon une stratégie, nourrissant un cycle bien connu des services concernés. Des observateurs avertis pointent une dérive plus profonde : l’installation progressive d’une sorte de climat d’impunité. Trottoirs accaparés, extensions anarchiques, occupations sans autorisation, autant de pratiques non tolérées ou insuffisamment sanctionnées qui finissent presque par banaliser l’illégal.
Dans ce contexte, ériger une baraque, même dans des zones sensibles ou théoriquement protégées, n’apparaît plus comme un risque majeur. Le paradoxe est d’autant plus frappant que cette frange maritime fait régulièrement l’objet d’annonces ambitieuses. Projets touristiques, aménagements structurants, valorisation du front de mer : autant de promesses qui peinent à se concrétiser durablement sur le terrain. En attendant, l’occupation informelle gagne du terrain, grignotant des espaces parfois destinés à des investissements d’envergure. L’histoire récente de la ville rappelle d’ailleurs que le phénomène n’épargne pas les sites les plus emblématiques. Le Palais du Bey comme à la Mosquée du Pacha, ont été par le passé squattés, occupés illégalement, transformés en espaces de vie précaires, et suivies de revendications de relogement. Une mécanique qui met en tension permanente les politiques sociales et les impératifs de préservation.
Au-delà de l’image dégradée qu’elle renvoie, cette urbanisation anarchique pose des problèmes concrets et immédiats : insécurité, absence d’assainissement, risques sanitaires, pression accrue sur des infrastructures déjà fragiles. Pour les responsables locaux , il ne s’agit plus seulement d’un enjeu esthétique ou réglementaire, mais bien d’une question de gouvernance territoriale. Le véritable défi reste donc entier. Il ne se limite pas à des opérations ponctuelles de démolition, aussi médiatisées soient-elles. Il suppose l’instauration d’un contrôle rigoureux et continu de l’espace urbain, en amont des infractions. Il exige surtout de rompre avec une ambiguïté persistante : celle qui laisse entrevoir, pour certains contrevenants, la possibilité d’un relogement a posteriori.
Tant que l’illégalité pourra apparaître comme une voie d’accès, même indirecte, à un logement, les discours réglementaires resteront sans effet. Restaurer l’autorité de la règle passe désormais par une application ferme des sanctions prévues par la loi, mais aussi par une politique de logement capable de réduire les incitations à ces pratiques.
Par S.Benali