Oran Aujourd'hui

Remontée des eaux souterraines : vers la fin d’un long immobilisme ?

Le grand projet annoncé pour protéger le centre-ville des effets de la remontée des eaux souterraines a connu, la semaine dernière, une nouvelle étape avec l’annonce de la sélection d’un «site échantillon de référence» destiné à accueillir une opération pilote actuellement en cours d’exécution, pour un coût estimé à 50 millions de dinars. Le site retenu se situe autour de l’Hôtel des Finances, rue des Sœurs-Benslimane, au cœur du centre-ville. Cette annonce relance un dossier aussi ancien que préoccupant.
Depuis des décennies, le phénomène des remontées d’eaux souterraines est connu, documenté, signalé par les experts et vécu quotidiennement par les habitants et les commerçants, sans qu’aucune réponse sérieuse et durable n’ait réellement été apportée. Dans de nombreux immeubles, notamment dans les artères du centre-ville, caves et sous-sols commerciaux restent souvent envahis par l’eau, fragilisant les structures, dégradant les bâtiments et compromettant l’activité économique. Au fil des années, les autorités successives ont multiplié les commissions, cellules techniques et études d’expertise, toutes chargées « d’analyser le phénomène et de proposer des solutions durables ». Mais derrière cette vieille rhétorique administrative répétitive, le constat demeurait accablant : les diagnostics se sont accumulés sans déboucher sur des décisions à la hauteur des enjeux. Pendant plus d’un demi-siècle, les anciens responsables ont souvent privilégié la gestion ponctuelle de l’urgence au détriment d’une véritable stratégie de prévention et d’aménagement. Le problème était connu, identifié, parfois même parfaitement localisé, mais il a longtemps souffert d’un mélange de lenteur bureaucratique, d’absence de coordination et, surtout, d’un déficit manifeste de volonté politique. Les causes du phénomène, elles, ne relèvent pourtant plus du mystère.
La configuration géologique du sous-sol oranais, marquée par la présence d’anciens cours d’eau souterrains, les infiltrations d’eaux pluviales insuffisamment drainées et le vieillissement avancé du réseau d’assainissement, favorise l’accumulation des eaux dans les sous-sols et les remontées capillaires. À cela se sont ajoutées des transformations urbaines souvent réalisées sans étude hydrologique approfondie : imperméabilisation excessive des sols, densification du bâti, surcharge urbaine et défaut chronique d’entretien des infrastructures souterraines. Les conséquences sont désormais visibles et parfois spectaculaires. Des affaissements de chaussées et de trottoirs ont été signalés à plusieurs reprises, notamment à proximité du siège de l’Hôtel des Finances, sur la rue des Sœurs-Benslimane, au niveau de l’ex-place Garguenta, à la rue des Jardins, dans plusieurs secteurs de Sidi El Houari, mais aussi sur différents axes du centre-ville où l’eau atteint parfois les sous-sols des magasins. Le glissement de terrain survenu au niveau du jardin dit *Copico*, en contrebas du Front de mer, reste également dans toutes les mémoires. Cet incident avait contraint les autorités à interdire temporairement la circulation des poids lourds et des bus sur cet axe stratégique, révélant de manière brutale la vulnérabilité du sous-sol urbain. Dès lors, une interrogation demeure : comment expliquer qu’après plus de cinquante années d’alertes, d’études et de constats répétés, si peu d’initiatives concrètes aient été engagées par les anciens décideurs pour mettre en œuvre un traitement structuré, coordonné et durable de ce phénomène ? Cette inertie prolongée a non seulement aggravé les risques pour les infrastructures et les habitations, mais elle a également contribué à installer chez les citoyens un profond sentiment d’abandon face à un problème devenu chronique. Cependant, les initiatives récemment annoncées pourraient marquer, enfin, un changement d’approche.
Le lancement d’une opération pilote sur un site de référence, s’il est accompagné d’un véritable suivi technique, d’une transparence dans l’évaluation des résultats et d’une volonté constante, peut constituer un premier pas vers une stratégie globale longtemps attendue. Car au-delà de l’expérimentation actuelle, c’est toute une vision de réhabilitation urbaine et de sécurisation du centre-ville qui est désormais en jeu. Les Oranais attendent moins de nouvelles études que des réalisations concrètes, capables de transformer enfin un dossier éternellement diagnostiqué en chantier réellement maîtrisé.

Par S.Benaali

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