Eau potable : réseaux de distribution, le maillon faible
L’annonce d’un nouvel arrêt programmé de l’usine de dessalement de Cap Blanc pour des opérations de maintenance n’a surpris personne. Depuis longtemps , les habitants de la wilaya d’Oran ont fini par s’habituer à ces communiqués qui précèdent presque systématiquement des perturbations dans la distribution de l’eau potable. Derrière le vocabulaire technique , « ajustements provisoires », « entretien périodique », « amélioration durable du service ».. se dessine pourtant une réalité beaucoup moins rassurante : celle d’un système d’alimentation en eau qui semble fonctionner en permanence sous tension. Certes, nul ne conteste la nécessité d’entretenir les installations hydrauliques. Une usine de dessalement, des stations de pompage ou des réservoirs de stockage ne peuvent fonctionner durablement sans maintenance régulière. Le problème réside ailleurs : dans le caractère répétitif des interruptions, dans la fréquence des incidents techniques et dans le sentiment que les opérations d’entretien interviennent souvent davantage comme des mesures de rattrapage que comme les éléments d’une stratégie préventive rigoureuse. Oran est pourtant l’une des villes algériennes qui a bénéficié des investissements hydrauliques les plus importants durant les deux dernières décennies. Barrages, transferts d’eau, stations de pompage, réseaux de distribution et surtout usines de dessalement ont mobilisé des milliards de dinars. Ces infrastructures devaient définitivement mettre fin aux longues années de pénurie et au régime des robinets ouverts quelques heures par semaine. Si la situation s’est incontestablement améliorée, la question de la pérennité des équipements demeure entière. Le véritable maillon faible reste souvent invisible : les réseaux de distribution. Sous les rues d’Oran, des centaines de kilomètres de canalisations vieillissantes continuent de perdre des quantités considérables d’eau à travers des fuites parfois anciennes. Chaque année, les équipes techniques interviennent sur des dizaines de ruptures de conduites principales, provoquant coupures, affaissements de chaussées et perturbations pour des milliers de foyers. Dans certains quartiers, les réparations se succèdent au même endroit sans que le problème ne soit définitivement réglé. La maintenance du patrimoine hydraulique semble également souffrir d’un mal chronique : l’absence d’une vision à long terme. On répare lorsqu’une conduite cède, on intervient lorsqu’une station tombe en panne, on programme un arrêt lorsqu’un équipement atteint sa limite de fonctionnement. La culture de l’anticipation peine encore à s’imposer face à celle de l’urgence. Pourtant, dans un secteur aussi stratégique que l’eau, attendre la panne avant d’agir constitue souvent la solution la plus coûteuse. Cette problématique devient d’autant plus préoccupante que la demande en eau augmente continuellement. L’expansion urbaine d’Oran, la multiplication des nouveaux pôles résidentiels, le développement touristique de la corniche et l’arrivée chaque été de centaines de milliers d’estivants exercent une pression croissante sur les infrastructures existantes. Un réseau conçu pour une population donnée se retrouve aujourd’hui confronté à des besoins bien supérieurs à ceux prévus lors de sa conception. Pendant des années, les annonces de grands projets hydrauliques ont souvent bénéficié d’une visibilité médiatique bien supérieure à celle accordée aux opérations discrètes mais essentielles de maintenance. Construire une usine ou inaugurer une station de pompage attire davantage l’attention que remplacer méthodiquement des kilomètres de canalisations enterrées. Pourtant, ce sont précisément ces travaux moins spectaculaires qui conditionnent la fiabilité du service public. L’exemple de Cap Blanc illustre parfaitement ce paradoxe. L’usine constitue aujourd’hui l’un des piliers de l’alimentation en eau potable de la région oranaise. Mais sa simple mise à l’arrêt, même temporaire, suffit à provoquer des perturbations sur une partie importante de la wilaya. Une telle dépendance révèle à quel point la question de la sécurisation des capacités de production et des solutions de secours demeure cruciale. Au-delà des discours rassurants, les citoyens attendent désormais davantage que des explications techniques. Ils souhaitent une transparence accrue sur l’état réel des infrastructures, sur les volumes d’eau perdus dans les réseaux et sur les programmes de renouvellement des canalisations.
Par S.Benali