Oran Aujourd'hui

De l’eau saumâtre aux robinets jusqu’aux usines de dessalement : une longue marche vers le progrès

En visite la semaine dernière à Oran, le ministre de l’Hydraulique a effectué une tournée à travers les infrastructures d’alimentation en eau potable, d’assainissement, de traitement et valorisation des eaux usées. Une visite qui a eu le mérité de dresser un bilan global des réalisations concrétisées pour améliorer et renforcer la sécurité hydrique. Il est indéniable que les ressources en eau figurent parmi les préoccupations majeures des pouvoirs publics. Et nul ne peut nier les efforts et les moyens matériels, humains et financiers très importants qui ont été mobilisés et engagés ces dernières années pour multiplier et diversifier les sources d’approvisionnement et garantir l’accès à l’eau potable pour l’ensemble des citoyens.
Il fut un temps où les Oranais devaient composer avec une eau saumâtre qui altérait le goût du thé et du café.
Dans certains quartiers, l’eau du robinet était davantage tolérée que véritablement appréciée. Puis vint la longue période des pénuries chroniques, des robinets désespérément secs et des nuits passées à attendre l’arrivée hypothétique de l’eau afin de remplir baignoires, jerricans, bidons et citernes de fortune. Toute une génération garde encore en mémoire ces corvées nocturnes qui rythmaient le quotidien des ménages.
Les programmes de distribution étaient alors annoncés comme des bulletins de guerre et la moindre panne sur une conduite ou un ouvrage hydraulique suffisait à priver des milliers de familles d’eau pendant plusieurs jours. Il faut aujourd’hui reconnaître que la situation a profondément évolué. Les immenses investissements consentis par l’État dans les transferts hydrauliques, les adductions régionales et surtout le dessalement de l’eau de mer ont permis à Oran de sortir progressivement de la dépendance quasi exclusive aux barrages et aux ressources souterraines.
L’entrée en service de la méga-station d’El Mactaâ, l’une des plus importantes du bassin méditerranéen, a constitué un véritable tournant dans l’histoire hydraulique de la région. Aujourd’hui, une grande partie de l’eau consommée dans la wilaya provient directement du dessalement, auquel s’ajoutent les apports des barrages et des grands transferts régionaux.
Les résultats sont visibles. La distribution quotidienne, qui relevait autrefois de l’exception dans de nombreux quartiers, est devenue une réalité pour une large partie de l’agglomération. Les coupures prolongées sont moins fréquentes et les épisodes de pénurie généralisée appartiennent désormais au passé. Mais cette amélioration incontestable ne doit pas masquer les fragilités persistantes du système. Car si la production d’eau a connu une véritable révolution, la gestion de la distribution demeure confrontée à des défis considérables. Les fuites sur les réseaux, parfois anciens et vétustes, continuent de représenter des pertes importantes.
Les interventions de maintenance sur les stations de dessalement ou sur les grandes conduites de transfert provoquent encore des perturbations qui rappellent la dépendance croissante de la ville à quelques infrastructures stratégiques. Une simple opération de maintenance à El Mactaâ suffit parfois à affecter une part importante de l’alimentation de la wilaya.
Par ailleurs, la croissance continue de la population, l’extension urbaine vers l’est et le sud de la ville, le développement industriel ainsi que l’augmentation des besoins agricoles exercent une pression permanente sur les ressources disponibles. L’autre paradoxe réside dans la consommation elle-même. Alors que les investissements mobilisent des milliards de dinars pour garantir la disponibilité de l’eau, les comportements de gaspillage restent largement répandus. Fuites domestiques non réparées, arrosage excessif, lavages abusifs des véhicules et absence d’équipements économes continuent de peser lourdement sur la demande. Oran a incontestablement gagné sa bataille contre les grandes pénuries qui ont marqué les anciennes décennies. Mais elle n’a pas encore gagné la bataille en cours de la gestion durable de l’eau. Le défi des prochaines années ne sera plus seulement de produire davantage d’eau, mais surtout de mieux la distribuer, de mieux la préserver et de mieux la valoriser.
Par S.Benali

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