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Eté 2026 : sous les signes rassurant du retour à l’ordre

Chaque été semblait jusqu’ici obéir au même scénario. Avant même l’arrivée des premiers vacanciers, certaines plages, des aires de stationnement improvisées et des espaces publics étaient déjà considérés comme des territoires privés.

Parasols, tables et chaises s’alignaient sur le sable avant même l’arrivée des familles d’estivants, des parkings sauvages apparaissaient à l’entrée des sites balnéaires, tandis que le commerce informel gagnait chaque année un peu plus de terrain. L’occupation anarchique de l’espace public était devenue une habitude, presque une fatalité.
Pendant des années, cette situation a nourri un profond sentiment d’injustice. Le droit pourtant garanti de profiter gratuitement des plages se heurtait aux exigences de pseudo-exploitants qui imposaient leurs propres règles. Certains vacanciers finissaient par considérer comme normal de payer pour accéder à un espace qui appartient pourtant à tous. Au fil des saisons, cette économie parallèle avait fini par s’installer comme un véritable système, toléré par les uns, dénoncé par les autres, mais rarement combattu avec suffisamment de constance et de sévérité.
Cet été 2026, pourtant, les premiers constats encourageants semblent enfin ouvrir la porte du changement. Les opérations de contrôle menées à travers les communes côtières, la saisie de centaines de tables, de chaises et de parasols installés illégalement, le démantèlement de parkings sauvages ainsi que les poursuites engagées contre les contrevenants traduisent une volonté claire de restaurer l’autorité de la loi. Les premières semaines de la saison estivale montrent une nette régression de ces pratiques qui empoisonnaient depuis des années le quotidien des estivants. Les autorités locales ont privilégié à la fois la prévention, la présence sur le terrain et, surtout, l’application effective des sanctions. Ce résultat mérite d’être salué. Il démontre qu’aucune dérive n’est irréversible dès lors que les pouvoirs publics décident d’agir avec détermination. Il rappelle également une évidence trop souvent oubliée : les espaces publics ne deviennent anarchiques que lorsque l’autorité s’efface. Là où la règle est appliquée sans faiblesse, les comportements changent rapidement. Cette évolution remet aussi au premier plan le rôle des élus locaux des communes littorales. Car la gestion d’une saison estivale ne se limite pas à l’ouverture officielle des plages ou à l’installation de quelques équipements. Elle relève d’une véritable responsabilité sociale et administrative. Longtemps, certains élus se sont réfugiés derrière le manque de moyens ou la complexité des procédures. Ces difficultés existent sans doute, mais elles n’expliquent pas tout. Lorsque des occupations illicites persistent plusieurs saisons de suite, lorsque des parkings sauvages se reconstituent chaque année au même endroit, lorsque les mêmes individus imposent leurs lois aux estivants sans être inquiétés, la question des moyens cède rapidement la place à celle de la volonté d’agir. Les opérations menées cette année, sur instruction du wali, démontrent justement que lorsque les communes travaillent en étroite coordination avec les services de la wilaya, les forces de sécurité, les services du commerce et les différentes administrations concernées, les résultats deviennent rapidement visibles. C’est probablement l’un des enseignements les plus importants de cette saison : la lutte contre l’anarchie n’est efficace que lorsqu’elle est collective et permanente. Cette responsabilité est d’autant plus importante que les communes côtières représentent, chaque été, la vitrine de toute la wilaya. Pour des milliers de visiteurs venus d’autres régions, la première image d’Oran passe souvent par ses plages. Une plage propre, accessible, bien organisée et débarrassée des occupations abusives renvoie l’image d’une collectivité qui fonctionne. À l’inverse, le désordre, les incivilités et l’appropriation illégale des espaces publics ternissent durablement la réputation de tout un territoire. Pour autant, personne n’imagine que le problème soit définitivement réglé. Les habitudes acquises pendant des années de laxisme ne disparaissent pas en une seule saison. Certains tenteront inévitablement de contourner les contrôles ou d’attendre que la vigilance s’atténue. L’expérience montre que ces phénomènes réapparaissent souvent dès que la présence de l’autorité se fait plus discrète. Le véritable défi sera donc celui de la continuité. Au-delà des plages, c’est toute la question de la gestion de l’espace public qui est posée. Les trottoirs envahis, les occupations illicites de terrains, les extensions commerciales anarchiques ou encore certains marchés informels relèvent de la même logique : celle qui consiste à transformer progressivement un bien collectif en intérêt privé. Cette bataille ne se gagnera pas uniquement à coups d’opérations ponctuelles. Elle exige une présence permanente des institutions, un suivi quotidien des élus locaux et une évaluation régulière de leurs actions. Les citoyens ne jugent pas une commune sur les discours prononcés lors des inaugurations, mais sur la qualité de leur quotidien. L’ordre n’est jamais une contrainte lorsqu’il protège le bien commun. Il devient au contraire la première condition de la liberté de chacun. Les efforts entrepris cet été méritent donc d’être poursuivis avec la même détermination. Car la véritable réussite ne sera pas d’avoir rétabli l’ordre pendant trois mois, mais d’avoir définitivement fait comprendre que le domaine public n’appartient à personne parce qu’il appartient à tout le monde. Et c’est peut-être là que se trouve désormais le principal défi des élus locaux : faire en sorte que cette discipline retrouvée ne soit pas l’exception d’un été, mais le reflet durable d’une nouvelle manière de gérer nos communes, fondée sur la proximité, la responsabilité et le respect de l’intérêt général.

S.Benali

 

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