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Opération «Ports bleus» : les limites des campagnes de nettoyage périodiques…

Opération «Ports bleus» : les limites des campagnes de nettoyage périodiques…

Il y a parfois des initiatives qui, au-delà de leur portée immédiate, véhiculent un message fort. La campagne de nettoiement des ports de pêche d’Oran, d’Arzew et de Kristel, organisée il y a quelques jours sous le slogan « Ports bleus », appartient incontestablement à cette catégorie. En réunissant autour d’un même objectif les services de la pêche, de l’environnement, des travaux publics, la Protection civile, le Croissant-Rouge algérien, les Scouts musulmans, des associations écologiques ainsi que des plongeurs professionnels, cette opération a démontré qu’il est possible de fédérer les énergies lorsqu’il s’agit de défendre un patrimoine commun : notre littoral.
Au-delà des tonnes de déchets retirées des quais et des fonds marins, c’est une véritable culture environnementale qui cherche à s’installer. Les organisateurs ont eu raison de rappeler que la préservation de la biodiversité marine ne relève pas uniquement de l’administration, mais d’une responsabilité collective. Les ports de pêche ne sont pas de simples infrastructures économiques. Ils sont aussi les portes d’entrée de la mer, le reflet de notre rapport à l’environnement et parfois même la première image offerte aux visiteurs. Cette mobilisation mérite donc d’être saluée.
D’autant qu’elle intervient dans un contexte où les questions environnementales occupent désormais une place centrale dans les politiques publiques. Les citoyens eux-mêmes manifestent une sensibilité grandissante à la protection des espaces naturels, qu’il s’agisse des plages, des forêts ou des zones humides. Mais on ne peut cependant pas s’arrêter aux seules satisfactions du moment. Car bien d’autres questions se posent en silence. Si les opérations de nettoiement sont indispensables, elles ne constituent qu’une partie de la solution. Le véritable défi demeure celui de la réhabilitation durable de nos infrastructures portuaires. Depuis plusieurs années, les annonces concernant le dragage des plans d’eau, l’enlèvement des sédiments accumulés, la modernisation des quais et l’aménagement des ports de pêche se succèdent.
Le port d’Oran, en particulier, a régulièrement fait l’objet de projets destinés à améliorer ses capacités d’accueil, faciliter les manœuvres des embarcations et renforcer la sécurité des activités de pêche. D’autres installations, comme celles d’Arzew ou de Kristel, ont également été évoquées dans différents programmes de développement. Pourtant, sur le terrain, les pêcheurs continuent souvent de composer avec des difficultés bien connues : envasement des bassins, accès parfois délicats, quais vieillissants, équipements insuffisants ou encore espaces devenus inadaptés à l’évolution de la flotte de pêche.
Le dragage des plans d’eau n’est pas un luxe esthétique. Il conditionne directement la sécurité de la navigation, limite les risques d’échouement, améliore la circulation des embarcations et contribue à préserver la qualité écologique des bassins portuaires. Lorsqu’il tarde à être réalisé, ce sont les professionnels qui en supportent quotidiennement les conséquences. De la même manière, l’aménagement moderne d’un port ne consiste pas uniquement à refaire quelques trottoirs ou à repeindre les façades. Il suppose une vision globale intégrant les équipements de débarquement, les espaces de maintenance, la gestion des déchets, les installations frigorifiques, les réseaux d’assainissement, la sécurité et même les conditions d’accueil des visiteurs. Les campagnes de nettoyage ont aussi leurs limites lorsqu’elles deviennent périodiquement nécessaires pour enlever des déchets qui continuent d’être jetés faute d’un système efficace de collecte, de contrôle et de sensibilisation permanente.
La meilleure opération de nettoiement reste encore celle que l’on n’a plus besoin d’organiser parce que les comportements ont durablement changé. C’est précisément là que réside l’enjeu des prochaines années. Les initiatives citoyennes doivent désormais être accompagnées par l’accélération des investissements structurels annoncés depuis longtemps. Les pêcheurs, les professionnels de la mer et les habitants du littoral attendent moins de nouvelles promesses que des calendriers précis, des chantiers effectivement lancés et des réalisations visibles. Oran possède un patrimoine maritime exceptionnel. Son port de pêche, comme ceux d’Arzew et de Kristel, constitue un maillon essentiel de l’économie bleue que l’Algérie ambitionne de développer. Encore faut-il que cette ambition se traduise concrètement sur le terrain. L’exemple du port de pêche d’Oran est, à cet égard, particulièrement révélateur.
Depuis plusieurs années, les annonces de réhabilitation se sont succédé, les études ont été évoquées, les procédures de lancement des travaux engagées puis relancées, sans qu’un véritable chantier de transformation ne voie le jour. Pendant ce temps, cette infrastructure stratégique continue de fonctionner dans des conditions qui ne sont plus à la hauteur de l’image qu’ambitionne de projeter la capitale de l’Ouest. Plus encore, c’est tout le quartier historique de La Pêcherie qui demeure en attente d’une vision d’ensemble.
Cet espace bénéficie pourtant d’un potentiel touristique, économique et patrimonial exceptionnel. Dans de nombreuses villes méditerranéennes, des quartiers similaires ont été réhabilités en conciliant activités de pêche, restauration, promenade maritime, artisanat et valorisation du patrimoine. Oran possède tous les atouts pour suivre cette voie. La réhabilitation du port de pêche ne devrait donc pas se limiter au dragage des bassins ou à la rénovation des quais. Elle gagnerait à s’inscrire dans un projet urbain global associant les différents secteurs concernés : pêche, urbanisme, tourisme, patrimoine, environnement et collectivités locales. L’opération « Ports bleus » aura au moins eu le mérite de rappeler que protéger la mer ne consiste pas seulement à retirer les déchets visibles. Il s’agit aussi de moderniser les infrastructures qui la servent, de concrétiser les projets annoncés et d’inscrire durablement la gestion des ports dans une logique de développement, de préservation et d’efficacité. Car un port véritablement propre n’est pas seulement un port nettoyé ; c’est avant tout un port entretenu, modernisé et préparé pour l’avenir.
— Par S.Benali

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