Oran Aujourd'hui

Entre injonctions de rigueur et fatalité des retards

Une importante réunion de coordination consacrée au suivi des programmes de développement de l’exercice 2026 s’est tenue lundi dernier sous la présidence du wali d’Oran. Autour de la même table, l’ensemble de l’exécutif et les cadres de la wilaya ont été mobilisés pour dresser un état des lieux des projets financés sur le budget local et par la Caisse de solidarité et de garantie des collectivités locales. Chaque secteur, travaux publics, hydraulique, santé, éducation, transport, agriculture, formation professionnelle, a présenté ses bilans, chiffres à l’appui.
Taux de réalisation, contraintes techniques, blocages administratifs : tout y est passé, dans une tentative affichée de renforcer la coordination intersectorielle et, surtout, de limiter les retards d’achèvement devenus récurrents. Une attention particulière a été accordée aux projets directement liés à l’amélioration du cadre de vie : raccordements aux réseaux, désenclavement de zones isolées, équipements scolaires et infrastructures de proximité.
Dans ce registre, les instructions du wali ont été sans ambiguïté : Suivi rigoureux sur le terrain, accélération du rythme des travaux et respect strict des délais contractuels. Mais derrière ces injonctions, une réalité persiste encore, tenace, presque structurelle: Les réunions s’enchaînent et les bilans s’accumulent, mais l’information, elle, reste fragmentaire. Peu de médias locaux sont aujourd’hui en mesure de documenter précisément les projets en difficulté : quels chantiers accusent des retards significatifs ? Pour quelles raisons exactes ? Quelles responsabilités sont engagées ? Un déficit de transparence qui parfois laisse place aux interprétations, voire aux rumeurs.
Faute de données claires et accessibles, l’opinion publique navigue entre annonces optimistes et réalités différées, pouvant alimenter une défiance diffuse envers la parole officielle. L’exemple du secteur éducatif est, à cet égard, particulièrement révélateur. Chaque année, à l’approche de la rentrée scolaire, le même scénario se répète : des communes et des quartiers restent confrontés à un manque de classes ou de cantines, tandis que des établissements annoncés comme « presque achevés » ne sont livrés que plusieurs semaines, voire plusieurs mois, après la reprise des cours. Conscient de cette situation, le wali multiplie les réunions sectorielles dédiées et les visites d’inspection. Les tournées sur le terrain, notamment celle effectuée récemment à Bir El Djir, Gdyel, Benfreha et Aïn El Bia, donnent lieu à des recadrages fermes, parfois à de vives remontrances face aux lenteurs constatées.
Même des projets structurants, tels que le lycée de 1 000 places pédagogiques prévu à Bir El Djir, annoncé pour la prochaine rentrée, semblent menacés par ce glissement systématique des délais.
Dès lors, une question s’impose : Ces retards relèvent-ils de contraintes conjoncturelles… ou traduisent-ils une «culture administrative» profondément installée, où l’urgence est sans cesse proclamée mais rarement anticipée? Car à force de répéter les mêmes consignes, accélérer, respecter les délais, renforcer le suivi, sans en corriger les causes structurelles, le risque est grand de voir la gestion des projets publics enfermée dans un cycle immuable : annoncer, constater les retards, s’indigner… puis recommencer.

Par S.Benali

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page