TRO : au rythme des annonces de restauration, de réhabilitation…
Le Théâtre régional d’Oran, Abdelkader-Alloula, a annoncé le report de l’ensemble des activités destinées au jeune public, en raison du lancement imminent de travaux de réhabilitation au sein de l’établissement. Cette décision, officialisée par la direction, vise avant tout à garantir la sécurité des enfants et des encadreurs durant cette phase de chantier. Dans un communiqué rendu public, la direction du théâtre, a précisé que «cette mesure concerne toutes les manifestations programmées au profit des enfants, notamment les spectacles pédagogiques, les ateliers artistiques et les représentations scolaires».
Le Théâtre régional Abdelkader Alloula semble ainsi vivre depuis des années au rythme des annonces de restauration, de réhabilitation, de réaménagement ou de “mise à niveau”… Sur le terrain, les Oranais ont souvent l’impression d’assister davantage à une succession de communications administratives qu’à une véritable restauration et renaissance durable de cette institution culturelle emblématique. On se souvient que depuis les années 2000, plusieurs opérations dites rénovation ont été évoquées, déclarées engagées, parfois partiellement, parfois dans l’urgence, afin de préserver un édifice historique inauguré au début du XXe siècle.
Mais comme d’autres équipements patrimoniaux à Oran, le théâtre régional semble prisonnier d’un cycle devenu courant: diagnostics alarmants, annonces officielles, fermetures temporaires, budgets débloqués, puis des retards, des interruptions ou des travaux limités à des interventions superficielles. Le problème de fond dépasse d’ailleurs le simple entretien d’un bâtiment. Ce théâtre symbolise une réalité plus profonde : l’absence visible d’une stratégie culturelle stable et continue.
Chaque nouvelle conjoncture administrative relance le discours sur la “réhabilitation”, comme si l’établissement redécouvrait périodiquement son état de vétusté. Pendant ce temps, les artistes, les associations culturelles et surtout le jeune public subissent les conséquences directes de cette gestion. La suspension actuelle des activités pour enfants durant deux mois illustre parfaitement cette contradiction. D’un côté, les autorités invoquent légitimement d’ailleurs les impératifs de sécurité. De l’autre, cette situation rappelle combien les opérations de maintenance lourde interviennent souvent tardivement, après des années d’usure accumulée. Dans une ville comme Oran, qui revendique pourtant un rôle majeur dans la vie culturelle nationale, voir le splendide théâtre régional souvent perturbé par des travaux donne l’image d’un patrimoine entretenu dans l’urgence plutôt que dans la continuité.
Le paradoxe est d’autant plus frappant que ce lieu porte le nom de Abdelkader Alloula, figure majeure du théâtre algérien moderne. Or, préserver l’héritage d’Alloula ne consiste pas uniquement à conserver une façade historique ou à repeindre une salle.
Cela suppose surtout de garantir une activité culturelle permanente, vivante et accessible, notamment pour les nouvelles générations. Les Oranais ne contestent plus les travaux eux-mêmes. Ce qu’ils questionnent désormais, c’est leur répétition cyclique, leur lenteur et l’impression persistante que chaque réhabilitation annoncée ressemble à une solution provisoire plutôt qu’à un véritable projet de sauvegarde durable.
Par S.Benali